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International
Sortie de crise : un découplage avec la Chine et l'Inde ?
Contrairement aux discours ambiants, la crise n'est pas planétaire : les deux géants asiatiques poursuivent leurs mutations et contribueront cette année à 80 % de la croissance mondiale. Dès lors, le véritable risque pour le monde développé est bien de découpler vis à vis de ces locomotives actuelles...
En rentrant d’Asie, la chose qui frappe le plus l’économiste est l’impression d’un décalage considérable avec ce qu’on peut voir et entendre dans ce qu’il faut bien appeler désormais le "Nouveau Monde", et pas seulement le monde "émergent". Ce dernier a émergé et il est bien là désormais pour disputer à l’ancien les manettes de commande de l’économie mondiale. Y compris à l’occasion du prochain sommet de Copenhague sur le changement climatique où, ne nous y trompons pas, on ne parlera pas que du climat mais bien du profond glissement des rapports de force en faveur des 80% de la planète qui sont restés à l‘écart de la prospérité tout au long du XXe siècle.
La crise n'est pas mondiale
D’un côté, nous avons des économistes qui ruminent des idées noires sur la crise qui n’en finit pas, une crise qu’ils continuent de décrire comme une "crise mondiale" à l’instar de celle des années 1930. Et ils ont sans doute raison sur un point. La crise est loin d’être finie. Nous en sommes à la phase la plus difficile finalement, celle de l’ajustement des structures et des déformations de prix relatifs. Il faudra bien que les enflures des bulles financières successives se résorbent dans l’immobilier, dans les secteurs financiers et dans les surcapacités industrielles parfois considérables. Et la bataille se jouera très probablement sur l’emploi, variable ou non de l’ajustement des taux de profit. C’est un drame pour la jeunesse des pays développés qui voit se généraliser l’emploi précaire, quand il y en a, et qui regarde avec effroi se déliter la société salariale de leurs parents au nom parfois du retour de l‘esprit d’entreprise.
Mais nos économistes ont tort, et gravement, sur le deuxième terme. La crise n’est pas mondiale même si l’onde de choc de la crise des subprimes a bien sûr affecté la planète entière par les canaux du commerce et de la finance. La plupart des pays en développement mais surtout les deux grands géants asiatiques qui représentent tout de même 40% de la population mondiale, et plus de 50% si on y ajoute les pays du "circuit intégré asiatique", ont eu la chance d’être financièrement peu intégrés, et pour l’Inde de l’être peu sur le plan commercial. Cela tombait bien pour elle car l’état indien n’est pas de même nature que son homologue chinois. A savoir capable de mobiliser centralement des milliards d’investissement pour compenser la panne de la machine à exporter.
Des taux de croissance qui ne résultent pas du "nationalisme"
Ce qui frappe au contraire de Delhi à Calcutta et de Pékin à Hong Kong en passant par Chongqin, c’est l’optimisme, le sentiment d’énergie, de volonté de bâtir une économie moderne plus prospère. Au point qu’on entend ici et là des accusations de "nationalisme" à leur encontre. Est-ce le nationalisme qui fera que la croissance chinoise sera cette année de 9,4% après 9% l’an dernier, et alors que Goldman Sachs (toujours il est vrai bien optimiste !) prévoit déjà +11,4% pour 2010 ? Et que celle de l’Inde sera de l’ordre de 6% cette année, alors que la mousson a été franchement médiocre, et déjà sur une trajectoire de 8% pour l’an prochain (même si la vraie mauvaise mousson pourrait bien sévir cette année-là) ? Non bien sûr.
Les deux géants asiatiques sont dans la phase optimale de leur fenêtre d’opportunité démographique, c’est à dire l’arrivée des générations les plus nombreuses de jeunes actifs. Et ils ont passé des décennies à construire patiemment des institutions capables de réguler leur économie en fonction de leurs préférences collectives, mais aussi de leur aversion pour le risque en provenance du monde développé qu’ils connaissent bien pour en avoir payé le prix fort au moment de la grande colonisation impériale au XIXe siècle.
Découpler ou recoupler, "that is the question" !
Les voilà tous les deux dans ce qu’il faut bien appeler leur "Grande Transformation", c’est à dire le passage d’une économie rurale dispersée à faible niveau de vie à une économie moderne à dominante urbaine et forte productivité. Ils bénéficient pour cela de très nombreux atouts et le véritable risque pour le monde développé est bien de découpler vis à vis de ces locomotives actuelles, et non futures, de l’économie mondiale. Un paradoxe pour les économistes occidentaux qui avaient tous ridiculisé le concept de découplage aux premiers signes de faiblesse des pays "émergents" au cours de l’hiver 2008. La contribution de la seule "Chindia" sera cette année de l’ordre de 80% de la croissance mondiale ! L’enjeu est bien plutôt cette fois de se "recoupler" au monde qui se développe vraiment (et non plus en développement) si l’on veut tout à la fois faire du volume de croissance, amortir des frais importants de recherche-développement, et surtout saisir que les nouveaux business modèles et les innovations critiques ont toutes les chances de se produire là où se construit un monde nouveau dans des conditions et des sociétés assez différentes de l’Europe ou des Etats-Unis.
Gérer dans ces conditions une croissance "douce" comme la Suisse ou le Japon ne pose pas de problèmes majeurs dés lors qu’on s’y prépare et qu’on arrête en tous cas d’attendre Godot, c’est à dire en l’occurrence le retour des trente glorieuses alors que nos économies sont matures et que les préférences collectives changent : plus d’environnement, de temps libre, de qualité de la croissance etc. Bref, se coupler sur les locomotives de l’économie mondiale n’empêche pas, au contraire, d’inventer désormais un autre régime de croissance. Avec sans doute plus de redistribution des gains de productivité en faveur de biens collectifs et porteurs de qualité, et non bien sûr pour financer l’exclusion du marché du travail qui ne peut que dévaloriser tout simplement le travail lui-même et celui de tous !
© J.J. Boillot
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auteur: Jean-Joseph Boillot en savoir plus sur l'auteur |
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Article limpide
Article très clair qui montre bien que les pays occidentaux ont intérêt à avancer de concert, s'ils ne veulent pas dépendre de Pékin ou New Delhi à l'avenir. Mais en ont-ils vraiment la volonté ? Voir le spectacle pathétique et informe donnés chaque jour par les pays européens... | |||
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