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Manifestation kémaliste à Istanbul (avril 2007)
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Turquie : la justice, nouvelle arme des kémalistes

Depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 de l’AKP, dénommé souvent islamiste modéré, l’affrontement entre les élites dans le champ politique turc ne cesse d’augmenter. L’armée et les élites kémalistes laïques n'ont jamais aprouvé sa fondation et contestent sa légitimité. Leur nouvelle arme : la justice, un de leur derniers bastions. 

Essentiellement dominée par les échéances électorales présidentielles et législatives l’an passé, la rivalité entre "laïcs" et "post-islamistes" s’est déplacée sur le terrain juridique, depuis l’automne 2007 et le lancement du projet de "constitution civile". Au-delà même du différend entre les deux camps, c’est l’avenir d’institutions, d’élites et de castes qui est en jeu.

 

L'armée n'a jamais approuvé la fondation de l'AKP, parti islamiste modéré au pouvoir depuis 2002

 

Depuis l’arrivée au pouvoir en novembre 2002 de l’AKP, dénommé souvent islamiste modéré, l’affrontement entre les élites dans le champ politique turc ne cesse d’augmenter. En fait, l’armée n’a jamais approuvé la fondation de ce parti, le qualifiant de continuité d’un mouvement islamiste des années 1990, incarné par Necmettin Erbakan dont l’organisation a été interdite à deux reprises par la Cour constitutionnelle. De ce fait, toute parole et tout acte des membres de ce parti sont reçus avec méfiance, et la froideur des relations entre l’armée et les élites kémalistes du pays d’une part, et les élus de l’AKP d’autre part, s’accroît depuis six ans.

 

L’élection du président de la République en avril 2007 a été révélateur de ce constat. Abdullah Gül, proposé par le gouvernement comme candidat, a suscité de vives réactions chez les défenseurs de la laïcité en raison du voile porté par sa femme. L’affrontement a atteint une telle intensité que la présidence d’Etat-major a publié une déclaration sur son site web soulignant sa détermination à préserver la laïcité en Turquie. Cette déclaration a été interprétée comme un "coup d’Etat virtuel".

 

L'armée et les kémalistes ont toujours accueilli froidement la candidature à l'UE

 

Disons-le clairement, ni l’armée ni les kémalistes n’ont jamais accueilli avec enthousiasme la candidature à l’UE, qui remet en cause leur prééminence dans le champ politique turc. Dans l’histoire politique de la Turquie, divers courants politiques se sont affrontés (communistes, socialistes, islamistes, verts, etc.), obtenant leur place à une période ou une autre, mais le courant kémaliste a toujours existé, sans jamais se départir de la place dominante. 

 

Ce temps est désormais révolu. Arrivé au pouvoir avec 37 % des voix en 2002, l’AKP, suite à cette crise avec l’armée concernant l’élection du président, a conforté sa place au pouvoir en juillet 2007, lors des élections législatives, avec 47 % des voix. Aujourd’hui, les élites kémalistes "nommées" et "élues" s’interrogent pour trouver les moyens de se débarrasser de ce parti, malgré le choix clair du peuple turc.

 

Les élites kémalistes semblent avoir trouvé la solution dans la haute justice, un de leurs derniers bastions

 

Depuis la réélection du parti, il semblait qu’un modus-vivendi était instauré avec l’establishment laïc, et surtout l’armée et le gouvernement. Pourtant, dès mai 2007, les contre-attaques ont commencé contre l’AKP. Le CHP, parti kémaliste nationaliste d’opposition, a déposé une requête devant la Cour constitutionnelle pour rendre caduc l’élection d’Abdullah Gül, sous le motif que les prérogatives constitutionnelles n’ont pas été respectées. La Cour a annulé l’élection et ordonné son renouvellement. Le deuxième coup n’a pas tardé à venir. Au lendemain des élections législatives en juillet 2007, le CHP a de nouveau déposé une requête devant la Cour constitutionnelle pour faire annuler les élections, prétendant des fraudes. Ce parti semble ainsi, depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP, être le barycentre du bloc laïc. Tous ses actes, au-delà de ceux d’un parti d’opposition, sont orientés dans la direction d’un combat juridique avec le parti du gouvernement délaissant les problèmes fondamentaux d’ordre économique et social de la Turquie.

 

Le 14 mars dernier, le dernier volet de ce combat a été entamé par le procureur de la Cour suprême en lançant un procès pour la fermeture de l’AKP

 

Le procureur accuse l’AKP d’être "le centre des activités islamistes". Soulignons qu’en Turquie les instances juridiques et universitaires sont verrouillées par les kémalistes ; l’ancien président de la République, A. Necdet Sezer, également ardent défenseur du kémalisme et proche de l’armée, a ainsi systématiquement refusé la nomination à la tête de ces institutions des personnalités proposées par le gouvernement. Le camp kémaliste et laïc semble donc avoir trouvé le remède pour défendre sa place dans le champ politique turc.

 

Quoiqu’il en soit, bien que les deux camps pensent pouvoir tirer bénéfice du conflit qui les oppose, les effets néfastes, tant pour le CHP que pour l’AKP, risquent de l’emporter sur les profits escomptés. En soutenant l’appel à la fermeture du parti au pouvoir, et en utilisant des moyens de régulation dignes d’un régime autoritaire, le camp laïc risque de se décrédibiliser auprès d’un ensemble de citoyens attachés au respect des résultats des élections.

 

Au-delà des effets politiques partisans de cette rivalité, c’est aussi pour la Turquie dans son ensemble que cette situation difficile est néfaste. L’existence d’un débat politique permanent est indispensable dans une démocratie. Pourtant, le problème est ici que les institutions actuelles donnent à l’opposition des pouvoirs que ses résultats électoraux ne justifient pas. Le bras de fer auquel on assiste maintenant risque de provoquer un gel du traitement des questions urgentes d’ordre économique et social.

auteur: Gülçin Lelandais
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sur contre-feux.com

de Michel Dumagne le 19/05/2008 à 18h50
POUR OU CONTRE L' ENTREE DE LA TURQUIE DANS L'UNION EUROPENNE?

Un article qui a le mérite de ne pas faire dans le politiquement correct!

La Turquie est un pays très important dans le contexte des relations internationales, de part sa situation géographique et sa position atypique dans le monde arabe.

Comme le référundum vient d'être accepté par la France pour interroger les Français sur l'entrée de la Turquie dans l'UE, je lance le débat sur contre-feux :

POUR OU CONTRE L' ENTREE DE LA TURQUIE DANS L'UNION EUROPENNE?

J'ai bien ma petite idée, mais, en jouteur averti, le préfère vous laisser avancer le premier pion, le premier argument.

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