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Jeunes filles voilées à Istanbul
Turquie : la laïcité sauvée par la Cour constitutionnelle
Début juin, la Cour constitutionnelle turque a annulé l'amendement adopté au Parlement en février autorisant le port du foulard islamique dans les universités, le jugeant contraire au principe de laïcité. Beaucoup y voient un sérieux revers infligé au pouvoir islamiste modéré. Un peu partout, y compris en France, on se félicite de cette décision. Restons prudent : la laïcité turque, déjà très éloignée de la conception française, est toujours menacée.

Le 5 juin, la Cour constitutionnelle turque a mis fin aux discussions sur le port du foulard dans les universités en annulant la loi votée au Parlement pour son autorisation. Un peu partout, y compris en France, on se félicite de cette décision : la laïcité est sauvée en Turquie !

 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

 

L’AKP, parti au pouvoir, avait dès sa participation aux élections en 2002, promis à son électorat, composé majoritairement de musulmans pratiquants, de résoudre le problème du foulard dans les universités en Turquie. En réalité, le port du foulard n’avait pas été interdit dans les écoles jusqu’aux années 1970. Avec la fondation du Milli Selamet Partisi (Parti du Salut national) et la montée des mouvements politiques conservateurs, le foulard a commencé à irriter les élites républicaines. Après le coup d’état militaire de 1980, considéré comme un symbole politique, le foulard fut interdit de facto dans les universités non pas par une loi mais déjà par une décision du Cour constitutionnelle. Cette cristallisation entre deux camps politiques autour du foulard a entraîné l’exclusion de dizaine de milliers de femmes voilées des universités. Or, les hommes membres des mouvements islamistes ou les musulmans minutieusement pratiquants ont bien, pour leur part, continué leurs études supérieures. Autrement dit, l’interdiction du foulard islamique n’a pas empêché toute une génération d’"hommes" issus de la mouvance islamiste d’accéder à des postes de responsabilités au sein de l’Etat.

 

Par ailleurs, il faut bien analyser les spécificités du système laïc en Turquie

 

La laïcité, un des principes fondamentaux de la république turque, est inscrite dans la Constitution et il est interdit de proposer sa suppression ou sa modification. Mais cette laïcité, telle qu’elle est organisée et conçue en Turquie, est très loin de la perception française de la laïcité. Si, au nom de la laïcité, l’Etat interdit le port de tout signe religieux dans les lieux publics notamment à l’école et à l’administration, il ne se gêne pas pour imposer un cours de religion obligatoire dès l’école primaire au lycée, à tous élèves sauf à ceux définis comme "minorités" officielles, à savoir les Grecs, les Juifs et les Arméniens. Il ne se gêne pas non plus pour ouvrir des écoles publiques pour former des imams et nommer ces imams dans des mosquées. Il décide également du discours des imams pendant la prière de vendredi. Enfin, l’Etat contrôle entièrement la religion musulmane et fait la  "promotion" de sa version sunnite par la Direction des affaires religieuses, attachée au Premier ministre.

 

Dans ce climat, il faut se demander qui menace vraiment la laïcité en Turquie

 

Tous les hauts fonctionnaires issus de l’islamisme radical et l’Etat qui modèle l’Islam dans ce pays comme il entend, ou des femmes voilées à qui on demande une fois de plus de faire un choix dans leur vie. Car si elles veulent pratiquer leur religion, la voie de l’enseignement supérieur leur est définitivement fermée par cette décision constitutionnelle, à moins de réécrire entièrement une nouvelle constitution. Dans un pays où 28 % des femmes ne savent ni lire ni écrire, peut-t-on vraiment se payer le luxe d’exclure des milliers de femmes capables de poursuivre des études supérieures, d’avoir un métier et de contribuer à la vie active ? Sommes-nous obligés de les considérer, à intervalle régulier comme des menaces pour la république ?

auteur: Gülçin Lelandais
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