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Le sceptre d'Ottokar, Moldavie
Le sceptre d'Ottokar, 8ème album des avenutres de Tintin qui se passse en Syldavie, pays imaginaire dont le nom est formé de de trois syllabes prises à la TranSYLvanie et à la MolDAVIE.  / DR

La République de Moldavie ou la nation piégée...

Au coeur de l'Europe de l'Est, la République de Moldavie se débat autour d'un conflit bloqué. Une région sécessionniste, des emplois à l'étranger qui se raréfient, des rapports fragiles avec la Roumanie et la Russie... Autant de facteurs qui complexifient la politique de ce pays.

Les Roumains s’interrogent sur le futur des relations entre Washington et Moscou, les Ukrainiens balancent entre espace russe et ancrage occidental, les Géorgiens gèrent leur après-crise non résolue depuis le conflit d’août dernier, et un peu plus de quatre millions de Moldaves s’interrogent depuis plus de 15 ans sur leur avenir : Europe ou Russie ?

 

La pauvreté est écrasante, la solidarité avec la Roumanie dont la Moldavie partage l’histoire et la langue, faible. La tentation est de partir : plus d’un million de Moldaves travaillent en Espagne, Italie, Portugal et Turquie… Le "dossier" Moldavie et sa région sécessionniste de Transnistrie, auto-proclamée indépendante en 1992 est entre les mains de Washington, de Moscou, de l’OSCE, de la capitale de la république de Moldavie Chisinau, de la capitale de  la Transnistrie Tiraspol, dossier bloqué sur un conflit dit "gelé". Quel présent et quel avenir pour cette ex république soviétique qui végète ? Pas de ressources énergétiques, une agriculture ruinée par l’émigration des forces vives,  des ONG  occidentales très actives…

 

Une histoire de nation à deux têtes qui pèse

 

La République de Moldavie, capitale Chisinau, ex Kishinev russe, est une ex-république d’Union Soviétique, indépendante depuis la chute de l’URSS en 1991. Son histoire est partagée entre la Roumanie, dont la partie occidentale de la Moldavie fut une province entre 1855 et 1878, puis entre 1920 et 1940, et l’URSS qui a créé en 1924 une république soviétique, modèle d’exemplarité stalinienne  de l’autre côté du fleuve Dniestr, avec Tiraspol pour capitale.

 

Avec la victoire de l’URSS en 1944, les deux espaces moldaves sont fondus en une seule république qui s’est voulue indépendante en 1991.  L’indépendance s’est accompagnée de deux projets opposés : à l’Est, Tiraspol regarde vers Moscou, à l’Ouest Chisinau  a rêvé d’une union avec la Roumanie. Ce risque d’union avec Bucarest a poussé Tiraspol à se détacher, à s’auto-proclamer indépendante pour former la Transnistrie. Les Russes conservent des forces militaires et des industries de défense au nord de Tiraspol. 

 

Un étrange conflit gelé

 

Au printemps 1992, occidentalistes pro-roumains et Transnistriens pro-russes se sont battus autour du Dniestr : plus de 1000 morts. Les européens avaient alors les yeux fixés sur l’ex Yougoslavie. Un accord bilatéral a mis fin au conflit,  les Russes ont installé des forces de paix. Franchir le Dniestr suppose de montrer ses papiers aux check points entre les deux territoires. Aujourd’hui, les populations circulent sans difficulté de Tiraspol à Chisinau, et vice versa.

 

Un régime parlementaire dominé par les groupes ex communistes

A l’étranger qui demande : de quoi est fait le conflit ? La réponse donnée est simple : pas de conflit ethnique, les populations sont mélangées entre russes, roumaines, ukrainiennes, bulgares…, pas de conflit linguistique, les deux parties parlent roumain et russe, pas de conflit religieux, les deux parties sont de tradition orthodoxe. Mais un état de fait : la Transnistrie est hors du contrôle de Chisinau, dirigée par une oligarchie familiale ex soviétique, soutenue par les financements russes. La Moldavie se débat avec un régime parlementaire dominé depuis 2001 par les groupes ex communistes. Elle dépend de la Transnistrie, de la Russie et de l’Ukraine pour son approvisionnement énergétique.

 

Une dépendance tous azimuts

 

La Transnistrie dépend de la bienveillance et de la stratégie russe. Quel est l’intérêt de Moscou ? Sans doute, de conserver un pôle de pression vers l’Ukraine voisine, et une zone d’influence sur la partie occidentale du pays - il suffit de couper l’approvisionnement pour que Chisinau tombe dans le froid et le noir, de bloquer les exportations de vin moldave vers la Russie pour saboter l’économie fragile de la république de Moldavie.

 

La survie de la société moldave dépend des accords d’association et de partenariat passés avec l’Union Européenne et de la présence des ONG qui couvrent le pays. L’émigration laisse en plan, chez des parents âgés ou des voisins, des enfants déscolarisés et déstructurés, la traite des femmes (le mot trafficking est omniprésent pour évoquer cette pratique) est un phénomène préoccupant, palpable à Chisinau où des hommes étrangers, américains et allemands en nombre, viennent acheter une compagne.

 

Les projets

 

Une petite puissance qui n’a pas les moyens de se sécuriser

Si quelques jeunes, universitaires et intellectuels, créent des clubs de réflexion pour animer la société civile, tracer des liens entre Chisinau et Tiraspol au-delà du conflit "gelé", l’ensemble de la société attend son salut des euros et dollars venus des émigrés, ou cherche à travailler en Russie ou à l’Ouest. L’inquiétude actuelle  est que l’emploi des émigrés s’écroule en Russie : plus de 200 000 moldaves travaillent dans la construction et déjà reviennent au pays par bus. Les emplois se raréfient  en Espagne. La formule lancinante circule partout : en 2009, la Moldavie va souffrir durement…

 

Les élections législatives auront lieu au printemps 2009 : quelques députés du parti libéral, éclaté en mini groupes, rêvent un projet de neutralisation du pays : couper les forces armées (environ 10 000 hommes) et demander conjointement la démilitarisation de la Transnistrie, le départ des forces russes. Un tel programme repose sur une lucidité identitaire : la Moldavie est une petite puissance qui n’a pas les moyens de se sécuriser hors d’un statut de pays neutre. Mais un tel projet supposerait que Moscou s’incline et que Washington renonce à ses projets de puissance en Mer Noire via l’extension de l’OTAN…

 

En fait, la Moldavie qui s’est voulue indépendante en 1991, est tombée dans le piège des relations Est/Ouest post guerre froide. La population, avec un salaire moyen qui tourne autour de 150 euros mensuels, paie très cher le rêve national, les rêves nationaux à deux voies, roumano occidental et russe…

auteur: Catherine Durandin
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