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International
Un monde sans armes nucléaires : pourquoi un tel souhait d’Obama ?
Que signifie le discours prononcé par Barack Obama à Prague, appellant à relancer les efforts pour aboutir à un monde sans armes nucléaires ? Loin d'un simple voeu pieux, ce souhait marque un positionnement stratégique pour la politique internationale comme pour la politique intérieure.
De la participation de Barack Obama au sommet Etats-Unis – Union européenne de Prague, on retiendra surtout le discours appelant à un monde sans armes nucléaires du nouveau président américain. Ou plus exactement une réduction des arsenaux nucléaires, Barack Obama rappelant qu’il n’est pas naïf, et que malgré d’intenses efforts, ces armes n’auront certainement pas disparu de son vivant. Un discours fort sur un sujet sensible, à l’heure où Pyongyang et Téhéran font peser la menace d’une relance de la prolifération nucléaire, et face à laquelle la communauté internationale doit se montrer déterminée, mais surtout unie. Mais que signifie cette promesse du président américain, et quelle est sa faisabilité ?
Un message de fermeté à l’intention de Pyongyang et Téhéran
Dans son discours, Barack Obama a cité à plusieurs reprises la Corée du Nord et l’Iran, comme pour mieux signifier que sa priorité est de lutter activement contre la prolifération des armes de destruction massive. La Corée du Nord est le premier véritable test du nouveau président américain en matière de politique étrangère, et ce discours est une réponse ferme au nouveau tir de missile nord-coréen dont il fut informé quelques heures avant de s’exprimer.
L’Iran, qui justifie en grande partie le déploiement d’une défense antimissile en Europe centrale, est également au menu de la politique étrangère de la nouvelle administration, et la main tendue à Téhéran constitue un autre test grandeur nature pour Barack Obama. En appelant de ses vœux à une dénucléarisation, le nouveau président américain rappelle ainsi qu’il ne baissera pas la garde sur la prolifération.
Le retour d’une approche multilatérale : la rupture avec les années Bush
La réduction de l’arsenal nucléaire américain ne date pas d’hier, et l’administration Bush a poursuivi des efforts constants depuis la fin de la Guerre froide. Mais à la différence de son prédécesseur, le nouveau président américain prône un retour d’une approche multilatérale dans la gestion des arsenaux nucléaires. Fini les initiatives unilatérales de Washington en faveur du désarmement, qui avaient un temps empoisonné les relations avec Moscou. Et l’administration Obama souhaite même aller au-delà des accords bilatéraux avec la Russie, et associer l’ensemble des puissances nucléaires aux efforts de Washington en vue d’une réduction significative des arsenaux nucléaires.
Des initiatives telles que la Proliferation Security Initiative (PSI) devront donc à l’avenir laisser la place à une gestion multilatérale du désarmement et de la lutte contre la prolifération, seule garantie de l’efficacité de telles mesures.
Washington devra respecter ses engagements
Dans son discours, Barack Obama indique clairement que Washington s’engage désormais à changer d’attitude, comme pour mieux faire le mea culpa de l’unilatéralisme de ces dernières années. Cet engagement passe notamment par la ratification du Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (TICE), qui ne pourra entrer en action tant que les Etats-Unis lui tourneront le dos.
Le nouveau président américain s’engage également à faciliter l’adoption d’un traité international sur les matières fissiles, indispensables à la mise au point d’armes nucléaires. De manière générale, Washington s’engage à s’appuyer sur les traités internationaux, et à montrer l’exemple, un devoir pour l’actuel occupant de la Maison-Blanche qui a rappelé que les Etats-Unis restent le seul pays à avoir jamais utilisé l’arme nucléaire, à Hiroshima et Nagasaki. En évoquant ouvertement la possibilité de se passer d’une défense antimissile déployée en Europe centrale en cas d’élimination de la menace nucléaire iranienne, devant un public majoritairement hostile au déploiement du projet américain sur son territoire, Barack Obama a également adressé un message clair à ses partenaires européens ainsi qu’à la Russie. L’Amérique d’Obama tournée vers ses partenaires se décline sur les questions nucléaires.
Quelles limites à ce vœu pieux ?
Le souhait de Barack Obama se heurte cependant à des limites qu’il convient de mentionner. Le principal défi vient du Congrès américain, qui pourrait contrecarrer les souhaits de ratifier le TICE, comme il l’avait fait en 1999, au grand dam de Bill Clinton, qui était alors favorable à un engagement plus net de Washington dans ce domaine. Les Républicains, pourtant nettement minoritaires, pourraient contrer les projets américains, et l’administration Obama devra convaincre de la nécessité du changement dans un domaine qui a sérieusement divisé la classe politique américaine ces dernières années.
Mais c’est surtout sur la scène internationale que les regards se portent. Les souhaits de Barack Obama se heurtent en effet aux gesticulations de Pyongyang et Téhéran (et potentiellement d’autres Etats proliférants), mais également au bon vouloir de la Chine, puissance nucléaire reconnue par le Traité de Non Prolifération, et élève parfois dissipé.
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auteur: Barthélémy Courmont en savoir plus sur l'auteur |
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