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Politique
La Ch'tite stratégie de Marine Le Pen
Marine Le Pen utilise l'identité régionale du Nord-Pas-de-Calais pour s'assurer un bon score aux élections régionales. Actuellement créditée de 17% d'intentions de vote, elle gagne des points dans la course à la succession de son père.
Marine Le Pen a eu le nez fin en misant sur le Nord-Pas-de-Calais. Le sondage IFOP publié par La Voix du Nord la crédite de 17% d’intentions de votes. Or, les estimations du vote FN sont souvent sous-estimées (encore que moins que par le passé, selon le site délit d'opinon), les électeurs du parti d’extrême droite ne se prononçant pas toujours ouvertement. Elle pourrait éventuellement faire mieux que Carl Lang qui avait atteint 17,94% aux régionales de 2004. Un score qui assoirait définitivement sa légitimité à prendre la tête du parti de son père.
Une stratégie payante
Les rêves et les tourments de Marine le Pen Le Nord-Pas-de-Calais est la nouvelle terre promise du FN. Mais une liste concurrente "Ch’ti" menée par un ancien frontiste, François Dubout, pourrait lui coûter quelques voix. Du coup, Marine Le Pen joue la carte de "l’identité régionale". Elle qui est née à Neuilly sur Seine s’est donc entourée de militants du cru nordiste. On retrouve notamment la tête de liste des chaotiques municipales d’Hénin Beaumont, Steeve Briois, qui la seconde pour ces élections régionales.
La référence régionale est peu habituelle pour le Front et l’on pourrait même la croire en rupture avec la ligne paternelle… "mais il ne faut pas confondre identité régionale et régionalisme", nuance Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite. "Le Front national ne soutient évidemment pas le régionalisme flamand et ses velléités d’indépendance et de rapprochement avec la voisine belge. Un régionalisme qui peut exister du côté d’Hasbrouck, et encore cela reste plus que marginal dans le Nord-Pas-de-Calais".
L’identité régionale mise en avant par Marine Le Pen tient plus du folklore. Et le programme affiche la couleur : il faut "arrêter de subventionner des forums au Brésil, en Afrique, ou en Asie, et attribuer l’argent à des fêtes ou manifestations populaires régionales, vectrices de notre identité". Au passage, Marine Le Pen maltraite la langue française : "vectrice", probablement né de la tendance actuelle à tout féminiser, n'est pas un adjectif dans ce contexte grammatical et n'est pas attestée ((pas plus que "vecteure" d'ailleurs), même sur Google... On imagine mal, d'ailleurs Dany Boon ou d'autres acteurs de Cht'i évoquer des régions vectrices....
L’électorat ouvrier, cœur de cible du FN
Marine Le Pen a misé sur cette région en toute connaissance de cause. La rupture ne tient donc pas dans la référence à l’identité régionale mais à l'efficacité de la rhétorique. Ainsi, Jean-Yves Camus souligne que "depuis 2007, il est clair pour les politologues que l’électorat le plus fidèle au Front National est l’électorat ouvrier". Le cœur de cible du FN est donc là, et le discours suit. Lors de la campagne pour les européennes de 2009, le FN avait même osé afficher que "Roger Salengro aurait voté FN".
Or, la culture ouvrière est profondément ancrée dans une région Nord-Pas-de-Calais touchée de plein fouet par la crise. Et Marine Le Pen espère surfer sur une actualité difficile, comme la récente annonce de fermeture du site dunkerquois de Total, sans conteste un bon coup de pouce au FN dans ce contexte.
Marine Le Pen fera-t-elle un meilleur score que son père, qui parait beaucoup moins concentré qu'elle sur sa campagne en PACA ? Ce serait un bon point pour prendre la tête du parti lors du Congrès à venir. Mais de toute façon, à l'extrême droite, la filiation est toujours beaucoup plus légitime que l'élection.
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auteur: Lucie Soullier en savoir plus sur l'auteur |
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