Politique


Eric Woerth

La leçon de sarkozysme d'Eric Woerth

Maurice Szafran revient sur l'affaire Woerth, symptôme d'un régime qui a décomplexé les relations du pouvoir avec l'argent quitte à ignorer toute notion de conflit d'intérêt. Questions pour un vrai champion du sarkozysme...

1) Dans une République non pas exemplaire mais respectueuse de ses principes élémentaires, il n’est pas concevable que l’épouse (une professionnelle de la finance disposant d’une excellente réputation) du ministre du Budget (un responsable politique que l’on croyait rigoureux) gère le patrimoine de Mme Bettencourt, troisième fortune de France. S’il les avait respectées, les règles de la prudence la plus élémentaire, Eric Woerth, ministre de "nos" impôts (oui), cela interdisait à Florence Woerth d’exercer ses talents (durant cette période) dans le big business. Comment et pourquoi ces deux "intelligents" ne s’en sont-ils même pas rendus compte ?

 

Pourquoi ces deux membres éminents de la "bulle" ont-ils à ce point perdu le sens des convenances et de la réalité ?

 

Le ministre du Budget – défenseur de nos intérêts collectifs et de nos impôts – ne peut en aucun cas être le trésorier d’une association de millionnaires

2) Dans une République s’en tenant à un minimum d’éthique, le ministre du Budget – défenseur de nos intérêts collectifs et de nos impôts – ne peut en aucun cas – en aucun cas ! – être le trésorier d’une association de millionnaires soutenant (c’est leur droit légitime) l’action du président de la République. Il n’est pas concevable, pas un instant concevable, qu’Eric Woerth, car c’est de lui dont il s’agit, ait pu frayer avec ces gens-là. Non pas que ces gens-là soient par essence coupables, mais le ministre du Budget, par définition, par fonction, sait que ces gens-là, tous ces gens-là, sont les champions de ce qu’on appelle poliment "l’optimisation fiscale".

 

En clair, des batteries de conseillers, de spécialistes ont pour seul métier de leur faire (légalement) payer le moins d’impôts possible. Eric Woerth n’a donc pas à les fréquenter, ils sont, l’un et les autres, antithétiques. Pire encore, le ministre des impôts savait pertinemment qu’un certain nombre de ces gens-là – personne n’en doute et Woerth pas davantage – fraude très intelligemment, très "scientifiquement" le fisc. Et il n’en prend pas moins le risque de les fréquenter ?

 

Comment et pourquoi ne s’en est-il pas même rendu compte ? Pourquoi cet éminent personnage de la « bulle », maire de la richissime Chantilly, a-t-il disjoncté au point de se couper des Français, des dizaines de millions de Français qui n’appartiennent pas à cet univers ?

 

Poursuivons notre questionnement

 

3) Dans une République décente, comment un ministre, par ailleurs un élu du peuple, peut-il mentir aussi effrontément, jusqu’à laisser sans voix les trois journalistes du Grand Jury-RTL qui, pourtant, l’ont interrogé sans concession aucune ? Comment peut-il répondre "Banier", quand on le questionne à propos de Liliane Bettencourt ? Comment peut-il feindre d’ignorer que les documents transmis par le procureur Courroye au ministère du Budget contraignaient les services fiscaux à enquêter sans plus attendre sur la femme la plus riche de France, qu’il ne pouvait l’ignorer et qu’il ne s’est rien passé tant que la presse n’était pas en mesure de jouer son rôle –essentiel en démocratie – de révélateur ?

 

Eric Woerth est donc un parfait petit soldat du sarkozysme

Dans une République au fonctionnement un tant soit peu cohérent, comment accepte-t-on qu’un ministre pris dans une telle tourmente, n’apportant aucune réponse précise aux questions précises qui lui sont posées, se contente de cartonner, de surcroît avec morgue, la presse et les journalistes ? Oui, comment tout cela, tous ces dysfonctionnements, toutes ces anomalies, tous ces dérèglements sont-ils possibles ? Pour obtenir un début d’explication, il faut indéniablement en revenir à la véritable nature du sarkozysme, à ses particularités culturelles et sociales.

 

Dans cet univers-là, dans ce petit monde qui va de la Plaine Monceau à Neuilly, les riches, les super-riches, les ultra-riches ont été sans cesse et sans répit, adulés. A de nombreuses reprises, Nicolas Sarkozy a expliqué que plus les riches seront riches, mieux la société se portera. La crise, son ampleur, les dégâts provoqués l’ont contraint à amender son discours. Mais dans l’esprit du chef de l’Etat, les Bettencourt de ce monde sont à protéger. Eric Woerth est donc un parfait petit soldat du sarkozysme. Rien de plus, rien de moins.

auteur: Maurice Szafran
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de ceres le 29/06/2010 à 22h30

Dans beaucoup de pays européens, il aurait même démissionner.

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de Tatanka le 06/07/2010 à 09h32
On vit une époque formidable!

Et pendant ce temps là le tout nouveau ministre du budget (digne successeur de Woerth!)ne cesse d'inventer de nouvelles mesures pour réduire les dépenses de l'état: diminution des aides au logement, non augmentation de l'AAH....de quoi inquiéter les tenants du pouvoir, c'est sûr!

Tenants du pouvoir = tous ceux qui, en piquant la monnaie des pauvres, s'en mettent plein les poches, non pas pour assurer leurs vieux jours (!)
Ce qu'ils possèdent est toujours ce que n'auront pas les autres...et quand on s'accroche au pouvoir, il faut absolument faire en sorte de le rendre inaccessible au commun des mortels...donc en confisquant l'argent puisque c'est lui qui mène le monde...Quid des élus représentants du peuple là-dedans?

Je vous recommande la lecture de l'ouvrage les ghettos du Gotha de Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot. Très intéressant, ça aide à décoder pas mal de stratégies et d'alliances.

Ah ça ira, ça ira, ça ira...

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de Jean Caplanne le 14/07/2010 à 15h32
IL MANQUE 410 MILLIARDS PAR AN AUX FRANCAIS

Parlons chiffres, voulez-vous ?

Depuis la contre-révolution conservatrice des années 80 (Ecole de Chicago, Reagan, Thatcher...)qui a initié la mondialisation à coups de déréglementations et que les néo-libéraux sont au pouvoir en France (1983-2010, droite affairiste et socialistes apprivoisés), la part des riches, possédants et entreprises n'a cessé de baisser, pour la contribution au budget national et aux comptes sociaux. En 2010 (par rapport aux taux de contributions des années 70), il manque pas moins de 410 Milliards d'Euros par an pour la population française:

- 225 Milliards 2010 pour le budget de l'Etat : exonérations, disparition de taxes, niches et réductions d'impôt, non progressivité de l'impôt sur le revenu jusqu'à 75 % pour les plus hauts revenus, absence totale de lutte effective contre l'évasion fiscale (simple application des Lois existantes) et la fraude à grande échelle avec les paradis fiscaux...

- 185 Milliards d'Euros 2010 en salaires (105 Milliards) et cotisations sociales (80 Milliards), depuis que ce secteur distributif a baissé de 72 % à 63 % ( 9 points) de la valeur ajoutée produite en France, en 30 ans. Et encore, ne prenons pas en compte le nécessaire basculement des cotisations sociales employeur vers la cotisation sociale d'entreprise basée sur la Valeur Ajoutée qui produirait au moins 30 milliards d'euros en plus pour les comptes sociaux, en réduisant fortement le coût du travail pour les PME PMI fortes utilisatrices de main-d'oeuvre.

Bien entendu, j'invite les économistes proches du pouvoir actuel à contester mes chiffres de manière argumentée. Un débat public serait fort intéressant...

La sarkozie est bien dans la logique la plus zélée de la mondialisation néolibérale et néo-esclavagiste actuelle. Les affaires louches de mafieux et autres conflits d'intérêt en France masquant l'essentiel. Après l'exploitation sans fin des peuples pauvres par les délocalisations, il faut vider de toute substance les systèmes sociaux et redistributifs des nations développées, par la moindre contribution des riches à l'effort national, afin d'organiser des dettes et déficits structurels qui "rendront nécessaires" des régressions nommées "réformes" (retraites, santé, solidarité, services publics…). L'objectif étant d'appauvrir l'Etat et le social, pour privatiser l'ensemble des services à la population et organiser la charité-dépendance pour les plus pauvres.

NB: petite info. Après calculs, la contribution nette annuelle de Mme Bettancourt à l'impôt représente 0,176 % de son patrimoine + revenus annuels !
Bravo les artistes qui nous gouvernent !!!

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