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Sortie du tunnel ?
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Sortie de crise : le retour du baratin

C'est en tout cas l'avis du Gobal Europe Anticipation Bulletin, une publication d'experts européens qui ne se payent pas de mots : pour eux, les indices souriants publiés un peu partout depuis cet été tiennent de la poudre de perlimpimpin. En réalité, expliquent-ils, on ne prend pas le problème par le bon bout, celui de la monnaie et de l'appauvrissement des classes moyennes.

Wishful thinking ! L'autopersuation au poste de commande. Le G20 nous a été vendu comme un formidable succès mettant fin aux bonus et aux paradis fiscaux. On sait ce qu'il faut en penser.

 

Voici à présent que la croissance française rebondit. Osannah ! L'INSEE a parlé, le gouvernement est soulagé : le PIB de la France a crû de 0,3% au second trimestre et ce rebond devrait se poursuivre au troisième trimestre. In fine, la récession en 2009 devrait finalement se limiter à 2,25% (contre une estimation antérieure de 3%).

 

La récente reprise, due à l'injection massive de fonds publics, est très artificielle

Dans les jours qui viennent Christine Lagarde, ministre de l'Economie et même le Président ne devraient pas manquer de souligner que ces performances, meilleures que celles de nos pays voisins, doivent quelque chose à l'action du pouvoir et notamment au plan de relance mis en place dès le début du cycle de récession. Ils ont raison et tort à la fois. Raison parce que le rebond actuel doit beaucoup en effet à l'injection massive de capitaux publics, comme dans la plupart des pays du G20. Mais ils ont tort parce que cette reprise est, justement pour cette raison, très artificielle.

 

Comme d'habitude, chacun veut croire à un horizon dégagé avec une reprise progressive de la croissance

 

Tout cela agrémenté de discussions à n'en plus finir sur la lettre de l'alphabet la plus apte à décrire la conjoncture : le V, le L ou le W ?. Du coup, ni les économistes, ni les médias ne relayent certaines analyses plus pessimistes, mais aussi plus réalistes, comme la dernière note du Global Europe Anticipation Bulletin. Que disent ces experts indifférents aux actuels "smily" boursiers ?

 

1) Les bonnes nouvelles économiques ne proviennent que du soutien financier des Etats

 

Chacun sait que lorsque l'on injecte dans les économies des sommes correspondant à 1 ou 2% du PIB, on relance forcément la consommation et les investissements. Pour combien de temps ? La décision du récent G20 des ministres des Finances d'encourager à poursuivre ces politiques de soutien sous des formes diverses montre que nous aurions assisté à un véritable effondrement des économies développées sans ces mesures étatiques.

 

2) Rien n'est entrepris pour modifier le système monétaire qui, selon le GEAB, est au coeur de la crise systémique actuelle

 

Les autorités chinoises sont en train de creuser des galeries, voire des tunnels qui leur permettront bientôt de s'évader du piège dollar. Si rien n'est entrepris par les Européens pour bâtir une alternative au roi dollar, ce sera le règne du chacun pour soi dès que la Chine se sera débarassée de ses bons du Trésor. En attendant, les exportations européennes sont durement pénalisées par la surévaluation de l'euro.

 

3) Les indicateurs utilisés par les dirigeants du monde sont de plus en plus disjoints de la réalité économique

 

Comment la Chine peut afficher une croissance de 8% avec une chute de ses exportations et une stagnation de la consommation ?

De ce point de vue, la baisse estivale du chômage aux Etats-Unis et en France constitue, selon le GEAB, une véritable aberration : "Quant aux multiples indicateurs ressassés à longueur de médias financiers pour indiquer que la reprise est proche (sinon déjà là, comme diraient les banquiers), souvenons-nous que ces mêmes indicateurs (fournis par les FED, BCE, FMI et autres OCDE…) étaient tous au beau fixe à l'été 2008. On connaît la suite. Leur capacité de prédiction de l'avenir a donc déjà largement été testée au cours des deux dernières années : ceux qui ont perdu leur emploi et leurs économies ont pu l'évaluer douloureusement."

 

Un autre exemple, très éloquent : comment la Chine peut afficher une croissance de 8% du PIB avec un écroulement de 25% de ses exportations et une stagnation de la consommation ?

 

4) Il faut donc, conclut le GEAB, se focaliser sur des indices qui traduisent la réalité économique

 

Le taux de chômage américain se rapproche de 10%, et le pouvoir d'achat des consommateurs américains, qui a déjà connu une baisse historique en 2008, risque fort de baisser de 50%, comme en témoigne l'énorme chute, en un an, des crédits à la consommation (26 milliards de dollars) !

 

Bien sûr, cette atonie de la consommation ne stimule guère les investissements : "Aux Etats-Unis, conclut la note du GEAB, un retour à la situation ex-ante demanderait environ 2.500 milliards de dollars de liquidités dans l'économie chaque année. Le stimulus de Barack Obama, avec ses moins de 400 milliards par an sur deux ans, est assez loin du compte s'il doit pallier simultanément la défection des ménages et des entreprises". Un autre indice-clé cité par le GEAB montre que le taux d'utilisation des capacités de production des entreprises américaines pique du nez à des niveaux inédits depuis la guerre.

 

5) Pour finir, concluent les experts du GEAB, la seule reprise prévisible est celle des hausses d'impôts

 

On ne voit pas comment on pourra les éviter, compte tenu du niveau d'endettement auquel les grandes puissances sont en train de parvenir. L'augmentation considérable de la taxe foncière (28%!) n'est, à ce titre, que le premier prémice de ce qui nous attend. L'incroyable proposition d'imposer à 500 000 infirmier(e)s français une cotisation annuelle de 75 euros à un ordre  professionnel, si elle n'a rien à voir avec la crise, illustre bien l'inconscience des dirigeants sur la situation réelle de ces catégories sociales.

 

Bref, tout se passe comme si les bons indices, les bonnes nouvelles, la reprise boursière brouillaient notre lucidité et détournaient notre regard de ce qui se prépare : une formidable rechute débouchant sur une situation économique chaotique qui, selon le GEAB, durera près de dix ans.

auteur: Philippe Cohen
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de Longjohn le 15/10/2009 à 12h20
Entre médication et incantations

Il apparaît que dirigeants et autres banquiers n'ont pas vraiment de solutions dans leur boîte à outils intellectuels. Aussi que leur reste-t-il ? Trois choses à mon sens : la méthode Coué, la notion de prophétie auto-réalisatrice et l'auto-persuasion. A force de dire que la croissance va repartir, cela pourrait bien finir par arriver. Mais quand ? Quand tout le monde en sera bien sûr convaincu... Alors ils communiquent, ils annoncent et se veulent rassurant pour se rassurer.

Je pense qu'un certain nombre de décideurs ont bien compris la situation, voire, sont même carrément réalistes et lucides. Mais alors quoi ?
Il est possible de se dire que les solutions que plusieurs personnes avancent (journalistes, économistes, citoyens, quelques politiques, etc.) soient inaudibles pour nos décideurs car ne rentrant pas dans leurs schémas de penser. Beaucoup ont été formatés par leurs études ou par la trop longue fréquentation des allées du pouvoir ou bien par un éloignement continuel des réalités (voir le monde à travers le prisme des rapports des directeurs de cabinet, des compte-rendu d'experts, etc.)
Il est possible aussi qu'ils appréhendent ces solutions mais les conséquences qu'elles impliqueraient les effraient tellement (car elles remettent en question un ordre des choses qui profite énormément à une minorité dont ils sont les obligés) qu'ils se refusent à les appliquer ou alors si timidement qu'elles se trouvent sans effets.
Il est vrai que notre civilisation occidentale productiviste et consumériste se trouve à la croisée des chemins et qu'il lui faut, qu'il nous faut prendre des décisions, faire des choix. Malheureusement, il est une réalité à laquelle nul ne peut échapper et ce, depuis des millénaires, choisir c'est renoncer. Pour des générations (nées après guerre grosso modo) qui ont tout eu (le plein emploi notamment ; une croyance clé en main : le scientisme ; des opportunités fantastiques ; etc.), pour ces générations "gâtées" et qui ont transmis à leurs enfants cet etat d'esprit, il est impensable de renoncer. Tout le problème de notre société est là : notre peur de perdre est plus forte que notre envie d'assurer notre survie et celle des générations futures.

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de Bernard Conte le 17/10/2009 à 16h55
Euthanasier la classe moyenne !

Les banquiers ont une fois encore réussi à socialiser leurs pertes.
Pour mémoire, après 1982 (date de l'éclatement de la crise de la dette du Tiers-Monde), ce sont les populations du Sud qui ont payé la gabegie des banquiers. Elles ont été soumises à "l'ajustement structurel" néolibéral imposé par le FMI et la Banque Mondiale, avec les conséquences sociales dramatiques que l'on connaît.
Aujourd'hui, c'est l'ensemble de la planète qui va devoir payer. Mais comme les pauvres le sont trop et que les riches sont exonérés, c'est la classe moyenne qui va assumer l'essentiel de l'ajustement.
Ainsi, les néolibéraux vont pouvoir poursuivre l'euthanasie de la classe moyenne et étendre la structure sociale du Tiers Monde d'avant les "miracles" à l'ensemble de la planète : c'est la Tiers-Mondialisation de la planète.
Pourquoi vouloir la disparition de la classe moyenne ?
Il faut relire Hayek pour avoir la réponse.

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