Politique le 05/12/2008 par

Pierre N’Gahane a-t-il bénéficié d’un effet Obama ?

Amara-Dati-Yade

Il se passe quelque chose en France depuis le 4 novembre 2008. L’élection de M. Obama à la tête des Etats-Unis suscite un immense espoir au sein des minorités françaises, qui espèrent que leur demande d’égalité sera enfin prise pour ce qu’elle est : une demande politique de lutte contre les discriminations et non une demande ethnique.

 

Cette demande trouve écho auprès de nos concitoyens qui souhaitent après la relance spectaculaire du rêve américain, que le rêve français soit relancé lui aussi. Les regards français, notamment ceux des minorités, se tournent donc vers nos dirigeants.

 

En réponse, les élus de gauche et de droite saluent la réconciliation américaine. Or ce que l’on attend de ces responsables, ce n’est pas simplement de saluer ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique, mais de répondre à la demande de lutte contre les discriminations, par des propositions concrètes.

 

Effets d’annonce

 

Il n’y a pas de politique publique cohérente et assumée de lutte contre les discriminations

C’est dans ce contexte qu’est intervenue le 12 novembre 2008 la nomination du Préfet des Alpes de Haute-Provence qui fait suite à une série d’autres signes : Soutien de l’épouse du Chef de l’Etat à l’action positive, réception du CRAN à l’Elysée etc. Tout cela ne fait pas une politique publique cohérente et assumée de lutte contre les discriminations.

 

Pour positives que puissent être ces mesures, elles ne peuvent suffire à répondre à l’attente  exprimée par nos concitoyens. A l’avenir, les effets d’annonce seront même contre-productifs car ce n’est pas de charité qu’il s’agit mais d’une demande de justice. Il est même probable qu’à chaque nouveau rendez-vous (élections, nominations etc.) les Français demanderont des comptes à l’exécutif. Les difficultés que rencontrent nos concitoyens de la diversité, appellent  des actions concrètes ainsi qu’une politique volontariste.

 

L’exemple Outre-Atlantique

 

L’action positive permettrait de lever la méfiance réciproque entre les minorités et les autorités françaises

Les années 60 à nos jours Etats-Unis, c’est un profond mouvement d’inclusion des minorités au sein de la société américaine qui a permis à chacun de s’habituer à voir des minorités à tous les échelons de la vie publique américaine. Cette action affirmative (ou action positive) assumée et même revendiqué par les plus hautes autorités américaines, a permis l’émergence d’une classe moyenne minoritaire à partir de la quelle une élite a pu éclore.

 

C’est dans cette classe moyenne-haute  de minorités, que l’on trouve les 10 000 élus noirs, les ambassadeurs d’origine asiatiques, les hauts gradés de l’armée américaine issus des minorités, les hispaniques membres de la chambre des représentants, les PDG noirs etc. Seul un mouvement de grande ampleur du bas de la société vers le haut, entrainera les noirs, les arabes, les asiatiques et toutes les minorités de France à participer notamment à l’essor économique de leur propre pays.


L’action positive n’est pas la discrimination positive

 

L’action positive, ce n’est pas la discrimination positive interprétée à juste raison par l’opinion publique comme l’attribution d’avantages non limités dans le temps, à certains privilégiés qui auraient été dispensés du crible du mérite. Si la discrimination positive, sans contrôle ni évaluation, est clairement incompatible avec les principes républicains, l’action positive, elle, est parfaitement en phase avec l’idéal de l’égalité républicaine puisqu’il s’agit de la mise en place de mesures destinées à lutter, pendant le temps nécessaire uniquement, contre les ruptures du principe d’égalité qui auront préalablement été révélées par des statistiques de la diversité anonymes, facultatives autodéclaratives et sans constitution de fichier. Sans inégalité, il n’y a pas de nécessité d’action positive. L’action positive permettrait de lever la méfiance réciproque entre les minorités et les autorités françaises.

 

Cache-misère

 

Amara-Dati-Yade.JPG

 

On a beaucoup écrit sur les nominations de Mmes Rama Yade, Rachida Dati et Fadéla Amara, recrutées pour leurs compétences, mais trois hirondelles fussent-elles talentueuses ne font pas le printemps… de la diversité.

 

Trois hirondelles fussent-elles talentueuses ne font pas le printemps… de la diversité

Ces  nominations dissimulent l’absence de politique innovante pour la promotion de la diversité. Ainsi, alors que des mesures éparses concernant la diversité sont annoncées, il n’y a toujours pas d’interlocuteur gouvernemental dédié aux questions de la diversité. Les ministres se refilent le mistigri ! Cette gestion "au coup par coup" devrait laisser place à un ministre de la Diversité, qui serait chargé de mettre en place les programmes en matière de diversité, en coordonnant les politiques publiques et les initiatives privées prises par les entreprises en matière de diversité. Les Etats-Unis, ont créé sur ce modèle, et avec un très grand succès, la MBDA (Minority Business Developpement Agency), une agence fédérale sous la tutelle du ministère du commerce et dont le rôle est de stimuler la création et la croissance d’entreprises détenues par les minorités.

 

Une politique active en faveur de la diversité permettrait de doper la consommation de groupes de population encore ignorés. Ce programme bénéficierait aux PME, à notre commerce extérieur, à l’artisanat français, à l’emploi, et aux finances publiques. Il serait bénéfique pour la France.
Alors Nicolas Sarkozy choisira-t-il la voie de l’innovation ou celle de l’immobilisme ?

La nomination du Préfet N’Gahane, certes basée sur les compétences, arrive à point trop bien nommé. Huit jours après l’élection de Barack Obama, faut-il y voir un simple coup de communication ou les prémisses d’une réelle promotion de la diversité ?

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