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Héritiers des Lumières, nous croyons trop facilement que la vérité finit toujours par triompher. Malheureusement, cela ne marche pas toujours. Certains mensonges s’installent pour toujours, et si un chercheur vient plus tard rétablir la vérité, il faut parier qu’il ne sera pas écouté. C’est sans doute le sort qui attend le récent ouvrage de Stanton Evans, Blacklisted by History (Crown Publishing, 2007), sur l’action du sénateur Joseph McCarthy entre 1950 et 1954. Le rappel des faits par M.Evans, après six ans de recherches d’archives, montre l’étendue de l’écart entre la réalité historique et le mythe du maccarthysme, généralement présenté comme une paranoïa anticommuniste sans fondement, qui détruisit des artistes innocents avant d’être arrêtée par quelques hommes courageux.
L’erreur la plus absurde est celle qui rend McCarthy responsable de la persécution des acteurs et des écrivains d’Hollywood. L’institution qui enquêtait sur Hollywood était la commission des activités anti-américaines de la Chambre des Représentants. Cette commission (HUAC par son acronyme anglais) avait été créée en 1938 et lança ses investigations sur l’industrie cinématographique en octobre 1947. Or, McCarthy ne siégea jamais à la Chambre des Représentants (on l’appelait «sénateur» McCarthy, non?) et ne s’engagea dans la lutte anticommuniste qu’en février 1950.
Ce n’étaient pas les artistes qui intéressaient le sénateur, mais les agents communistes infiltrés au Département d’Etat. Cela n’était pas un mythe, mais une réalité prouvée: plusieurs agents soviétiques, diplomates américains basés en Chine, jouèrent ainsi un rôle essentiel pour convaincre les Etats-Unis d’abandonner leur soutien à Chiang Kai-Chek, facilitant la prise du pouvoir par Mao. Cet épisode fut l’un des principaux que révéla McCarthy; il a été entièrement confirmé par Venona, une archive de télégrammes soviétiques publiée en 1995. Mais dans son conflit avec McCarthy entre 1950 et 1952, le Département d’Etat n’accorda aucune importance à la question de la sécurité nationale. L’important était de faire obstruction à la publication de documents disponibles, au point de faire disparaître des dossiers des archives. En même temps, les ennemis du Sénateur lançaient contre lui des attaques ad hominem mensongères: McCarthy fut accusé d’être un agent soviétique, un homosexuel ou un alcoolique. L’homosexualité -réelle, celle-là- de son assistant Roy Cohn fut rendue publique. Avec quelle élégance les forces du Progrès combattent celles de la Réaction!
Tant que Truman fut au pouvoir, les enquêtes du Sénateur eurent des résultats. La révélation de l’influence d’agents communistes au Département d’Etat permit de rendre leur fermeté aux Etats-Unis à Taiwan et en Corée du Sud, alors que les diplomates conseillaient de continuer à céder aux communistes. Plusieurs agents soviétiques perdirent leur emploi ou quittèrent les Etats-Unis. Truman finit par renforcer, dans les dernières semaines de son administration (fin 1951), les mesures de sécurité relatives aux agents fédéraux.
La fin de McCarthy fut provoquée par l’élection du général Dwight Eisenhower. Comme McCarthy, Eisenhower était républicain; mais il n’avait pas supporté que le sénateur attaque son ancien collègue le général George Marshall, et avec lui l’héritage de la politique étrangère de Franklin Roosevelt, dont Eisenhower était à bien des égards l’héritier. Alors que McCarthy enquêtait sur des infractions à la sécurité dans la base militaire de Monmouth, Eisenhower institua une politique de refus systématique de communication des documents militaires. Publiquement lâché par le Président (qui entraînait avec lui certains sénateurs Républicains) et poursuivi avec acharnement depuis plus de quatre ans par ses collègues Démocrates, McCarthy était fini. Pourtant, l’enquête qui conduisit à la chute du sénateur ne fonda sa condamnation sur strictement aucune des nombreuses investigations qu’il avait lancées. Le seul et unique motif de la condamnation fut … d’avoir manqué de respect à la commission mise en place pour le détruire. L’important était que McCarthy soit condamné, pour quelque chose ou pour n’importe quoi.
Tout le reste est mythe. Le rôle prétendument héroïque d’Edgard R. Murrow, prétendant que McCarthy s’était trompé dans son accusation d’une employée civile de Monmouth, était un mensonge; il n’y avait pas d’erreur sur la personne. La scène célèbre du 9 juin 1954, où l’avocat de l’armée, Joseph Welch, demanda à McCarthy: «n’avez-vous donc aucune décence?», après que celui-ci eut révélé qu’un jeune assistant de Welch appartenait à une organisation communiste, n’était qu’un effet de prétoire. Welch lui-même avait révélé au New York Times, trois mois plus tôt, les liens de son assistant. Il accusait donc McCarthy de faire ce qu’il venait de faire lui-même.
Il est sans doute trop tard pour réhabiliter McCarthy. Mais, inspirés par la connaissance d’un mensonge construit sans relâche dans les cinquante dernières années, nous devons veiller à ce que les tentatives plus récentes de refaire l’histoire n’aient pas le même succès. A chaque mensonge que les esprits éclairés cherchent à imposer, chaque «massacre de Jenine», chaque «nouvelle aggravation de la pauvreté en France», chaque «guerre pour le pétrole», nous devons opposer la calme force de la vérité. Et nous devons le faire aujourd’hui, pour que la vérité ne prenne pas la triste forme d’un livre publié dans cinquante ans, que personne ne lira.
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auteur: Sébastien Castellion en savoir plus sur l'auteur |
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on m'aurait menti alors dans mes manuels scolaires ? ....et la lune, elle a été décroché en 1969, filmée avec des cameras ccd ou c'est kubrick qui a loupé l'Oscar du best director ? http://www.youtube.com/watch?v=9P7Zd-x2QXw |
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