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Politique
Le concept de démocratie
La démocratie n'est pas une invention moderne, ni grecque. C'est le régime politique le plus approprié à la nature humaine. La démocratie est un concept accessible à une démarche philosophique, alors que les démocraties sont des expériences très diverses.
La démocratie est un des cinq caractères qui distinguent la modernité, avec la science, la différenciation des ordres, le développement économique et l'individuation. La démocratie n'est pas une invention moderne, ni grecque. C'est le régime politique le plus approprié à la nature humaine et celui auquel les humains se rallient spontanément, là, où et quand les conditions sont favorables à l'expression de cette nature. Selon le stade atteint et le contexte culturel, les expressions concrètes en sont très variables. La démocratie est un concept accessible à une démarche philosophique, alors que les démocraties sont des expériences politiques, primitives, tribales, antiques, médiévales, modernes.
Les démocraties modernes émergées en Europe à partir de la seconde moitié du XVIe siècle soulèvent donc deux questions distinctes
Les démocraties se sont raréfiées avec la néolithisation et la construction, par la guerre et la conquête, de principautés, de royaumes et d'empires, régis par des régimes politiques très différents de la démocratie, des « hiérocraties ». Fondées et maintenues par la force, elles se légitiment par la revendication d'un vicariat concédé par un principe supérieur, Dieu, un dieu, le Ciel, le Dharma..., et exercent le pouvoir par l'entremise et le contrôle d'un appareil militaire, administratif, fiscal et idéologique. Les démocraties modernes émergées en Europe à partir de la seconde moitié du XVIe siècle, avec la révolte des Provinces Unies contre la hiérocratie espagnole, soulèvent donc deux questions distinctes. En quoi peuvent-elles se réclamer de la démocratie ? Quelles conditions européennes ont-elles permis la réinvention de régimes démocratiques ?
Au niveau conceptuel, la démocratie s'enracine dans un principe fondateur unique
A ses yeux, une relation de pouvoir n'est légitime que si elle est consentie par celui qui obéit, car il considère que, ce faisant, il favorise la réussite d'une entreprise collective. Un régime politique organise et justifie les relations de pouvoir. La démocratie le fait, en enracinant le pouvoir dans ceux qui obéissent. Ils sont, à ce titre, non pas égaux, mais identiques en tant que sièges du pouvoir. Celui-ci peut être délégué à la compétence, car rien d'humain ne peut être réalisé, si on ne se met pas à plusieurs, et tout acteur collectif exige coopération, direction et relations de pouvoir. Les obéissants délèguent leur pouvoir à ceux qu'ils jugent compétents, mais ils le font à titre circonscrit, temporaire et réversible.
Tous les autres caractères de la démocratie se déduisent toujours de ce principe
Ce principe l’oppose à deux autres régimes fondamentaux possibles : la hiérocratie, qui se réclame d'un principe transcendant, et l'autocratie, qui s'appuie sur la violence et la ruse. Les régimes « politiques » sont ainsi nommés, parce qu'ils régissent une « politie », un groupement humain de pacification tendancielle vers l'intérieur et de guerre virtuelle vers l'extérieur. Une politie démocratique se signale par la distinction tranchée d'une sphère privée, consacrée à la poursuite et à la réalisation pacifique des intérêts particuliers sur des espaces économiques, religieux, cognitifs, ludiques..., et une sphère publique, dévouée au bien commun, défini comme la paix par la justice, c'est-à-dire la loi et le droit, vers l’intérieur, et la paix par la vigilance, la diplomatie et la force, vers l'extérieur.
Ces principes ont été redécouverts en Europe et appliqués dans les cités médiévales, mais ces expériences ont été abolies par la reconstruction monarchique hors de la dispersion féodale à partir du tournant du XIVe et du XVe siècle. Les démocraties modernes sont issues de mutations subies par les hiérocraties mises en place par la reconstruction. Ces mutations s'étalent sur plusieurs siècles, entre le XVIe et le XIXe siècle, pour l'essentiel, et connaissent les expressions les plus diverses et les rythmes les plus variables. Toutes sont marquées par une « révolution », indispensable pour passer d'une logique hiérocratique du pouvoir à une logique démocratique. Selon les polities, la révolution a été une simple formalité, comme au Danemark en 1848, ou un cataclysme européen, comme en France de 1789 à 1815.
Deux facteurs communs à toutes les polities européennes ont favorisé cette gestation politique sur plusieurs siècles
L’un est l’échec définitif de l’impérialisation de l'Europe et la mise en place d'une solution alternative : un concert de polities à la recherche perpétuelle d'un équilibre entre elles. Les contraintes de l'équilibre ont favorisé la délimitation de polities stables, la construction d'institutions administratives, fiscales, militaires efficaces, et une adhésion tant des élites que du peuple à la politie vécue comme une nation. L’autre est la perpétuation de lignages aristocratiques, assez forts pour contrôler le pouvoir royal, et de ménages paysans, gérants de leurs exploitations, rassemblés en petites républiques villageoises et très capables de se transformer en un peuple de citoyens, à la fois jaloux de leur privé et dévoués au bien commun. Ces deux particularités sont des exclusivités européennes.
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auteur: Jean Baechler en savoir plus sur l'auteur |
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La politique est la science du pragmatisme!
"La démocratie est le régime politique le plus approprié à la nature humaine"? Comment ériger la démocratie, même conceptuelle, comme étant la meilleure formation politique possible, alors Pour être clair, si l'on considère que la politique se définit comme la science du pragmatisme, savoir qu'un concept politique est parfait en soi, mais totalement imparfait une fois inscrit dans le réel, ne m'apparaît pas en accord avec l'exigence de la science politique. En politique, est bon ce qui fonctionne, ce qui a une possibilité de devenir réel sans perdre toute sa substance. La démocratie ne semble pas soutenir cette exigence, en ce qu'elle est inapplicable. Ce que nous appelons démocraties aujourd'hui n'est qu'une version masquée et édulcorée de l'aristocratie des puissants, auxquels le citoyen n'a jamais vraiment délégué quoi que ce soit. | ||
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