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ANALYSE Faut-il croire le Hamas sur parole ? VU D'ISRAEL Les éléments clés pour un accord de paix solide lire le dossier |
Dans L'homme compassionnel (Seuil), Myriam Revault d'Allonnes propose une généalogie de la notion de la compassion. Remontant aux sources de la modernité, elle montre que le rôle des passions et des émotions n'a cessé de nourrir la réflexion sur l'existence démocratique. Rousseau, Alexis de Tocqueville et Hannah Arendt sont les principaux interlocuteurs qu’elle se choisit pour analyser l'histoire moderne de la posture compassionnelle.
Le principe de la compassion et sa provenance n'est autre que l'égalisation des conditions dans la démocratie. En effet, l'émergence de la sensibilité démocratique est liée au processus d'égalisation des conditions. La compassion est au cœur de l'espace social où triomphe la ressemblance. Elle n'est possible que dans un espace social où tous se sentent égaux, au moins en principe, même si cette égalité est imaginaire.
Son constat est clair : nous sommes devant un véritable déferlement compassionnel
Notre société est à tel point saisie par ce zèle compatissant qu'aucun responsable politique ne semble pouvoir en faire l'économie. Les dirigeants d'ailleurs n'hésitent plus à faire de leur formidable aptitude à compatir un argument décisif en faveur de leur droit à gouverner. Le souci compassionnel intervient de plus en plus sous la forme d'actions spectaculaires (les Enfants de Don Quichotte, l’Arche de Zoe) dont l'ambition est d'arracher les misérables de leur misère. Son omniprésence est telle que plus personne ne parle des classes sociales ou de leur lutte, on ne parle que des fractures, de l’exclusion et du peuple souffrant.
Il y a trois niveaux de symptômes : les medias qui ne semblent jamais rassasiés de la mise en spectacle de la misère, les discours politiques qui se concentrent sur les faibles, et les vulnérabilités des masses (précarité, insécurité sociale).
Comment la compassion fonctionne-t-elle ?
En réalité, on ne voit le plus souvent ses semblables que dans les membres de son propre groupe, et on réserve sa compassion pour ses proches. L'homme qui compatit ne fait rien par ailleurs pour réintégrer celui qui en est l'objet : la compassion peut ainsi servir d'alibi à une totale méconnaissance d'autrui. S'adressant à l'individu singulier et appelant la réciprocité elle se distingue de la pitié qui généralise, étant un élan qui nous attire vers les faibles en général. Et puis je n'ai de pitié pour l'autre que si je crains de subir un jour le même sort. A ce titre, rappelons que seuls 17% des français estiment qu'être sans abri ne leur arrivera jamais. Si le spectacle du malheur d'autrui invite à la pitié, celui de son bonheur provoque la convoitise. Enfin, la compassion a partie liée avec le spectaculaire et le spectacle, elle est issue de la tragédie grecque et du théâtre.
Inefficacité de la compassion en politique
La compassion affichée déresponsabilise encore plus les démunis, car compassion ne veut pas dire reconnaissance d'autrui. Les dirigeants politiques qui se font une spécialité de s'afficher avec les démunis visent-ils vraiment la transformation de leur souffrance et la défense de leurs véritables intérêts ? En réalité, la compassion ne fait qu'accroitre la passivité des individus ; leur insécurité affective ne fait que les enraciner encore plus dans le sentimental.
Le danger est néanmoins évident. Personne ne parle plus d'injustice effective ou d’inégalité réelle - on ne sait plus distinguer que des souffrances et des malheurs subjectifs. Le zèle de compassion permet par ailleurs de procéder à toutes sortes de confusions possibles : entre sympathie et fusion affective, entre émotion immédiate et analyse en temps différé nécessaire à la compréhension profonde, confusion enfin entre morale et politique. En réalité, la généralisation des bons sentiments redouble la solitude de l'homme démocratique, soumis à la tyrannie de l'intimité et apprenant à traduire immédiatement tous les problèmes sociaux (un emploi instable par exemple) et de toutes les situations fragilisantes dans le langage de la souffrance subjective. La politique de son côté n'a plus tant pour objet de poser des questions fondamentales relatives au vivre-ensemble et la tentation d'y répondre par des propositions concrètes et rationnelles, mais d'accompagner les demandes ou les plaintes exprimées par des particuliers ou des "catégories" en souffrance.
L'enjeu d'une éthique des comportements semble par conséquent essentiel pour la démocratie. Il devient important de s'interroger sur le rapport entre sentiments collectifs et structures politiques. Les liens entre sentiment d'humanité, reconnaissance d'autrui et capacité d'agir nécessitent aussi d'être pensés a nouveaux frais. Il est enfin urgent de mettre en place quelques instruments qui nous permettent de nous préserver des effusions sentimentales aussi inutiles que finalement inefficaces. Reste à savoir lesquels.
Quelles issues possibles ?
Il s'agit d'abord de plaider pour une mise à distance des affects et mettre en question la capacité de la compassion à faire advenir des solutions politiques. Il faut apprendre à distinguer entre pitié et solidarité, qui, elle, est un principe qui peut guider l'action et former une véritable communauté d'intérêts avec les opprimés. Comment des sujets peuvent-ils reformuler le vécu subjectif de leur souffrance et l'élaborer de façon à en faire un point de départ qui leur permette d'agir dans le monde ? Comment peut-on promouvoir l'individu agissant au détriment de l'individu souffrant et viser, au-delà de la satisfaction immédiate, la construction dans la durée ? Car, en réalité, au spectacle de la souffrance, la réponse sentimentale ne peut ni en réduire l'horreur ni affronter le problème réel qui l'a fait naître en proposant une solution.
Le livre est court ; on aurait aimé que l'auteur prolonge sa réflexion sur la question de la philanthropie et de la bienfaisance, les questions du bouc émissaire et de la victimisation, le rôle des religions, aussi bien que des philosophes qui ont brillamment analysé pitié et compassion (Spinoza ou Nietzsche par exemple). L’essai de Revault d'Allonnes a néanmoins sans doute le mérite de poser de vrais problèmes, et même des questions urgentes en matière de manipulation des sentiments en politique.
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auteur: Emmanuel Guérin en savoir plus sur l'auteur |
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Compassion ou technocratie ?
La compassion apparait au moment où on se rend compte que la technocratie ne paie pas électoralement. Effectivement, il faut toujours se montrer plus proche du citoyen, et notamment des plus faibles pour espérer rassembler le plus grand nombre de suffrages. C'est donc un fait, les électeurs y sont sensibles. Mais est-ce vraiment un mal ? Est-ce vraiment un sentiment à bannir de notre société ? Voulons-nous en finir avec les bons sentiments ? Un équilibre est à trouver entre compassion et technocratie. Sans tomber dans les travers populistes de la compassion, celle-ci est propre à une société qui se dit humaniste. l'opposé serait une société entièrement technocratique, et déconnectée de l'humain. Par cette réflexion sur la compassion, on voit encore une fois apparaitre une nécessité d'équilibre dans la société. |
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Halte a l'angelisme
Cela fait bien longtemps que nos chers hommes politiques tentent de nous ronger avec le facteur "compassion", de Mitterrand a Chirac, on avait deja eu droit a une bonne dose de bons sentiments, d'idealisme hypocrisant proclame par les mediocres requins de nos differents gouvernements, Fabius, Delanoe, Sarkozy... Mais regardez comme nous sommes cruels ! Mais avouez que vous etes chanceux, que vous devez secourir le monde entier ! Helas, si la compassion ne fonctionne que sur un systeme de mauvaise conscience, elle ne nous menera qu'a de mauvaises solutions. Et peut-etre un jour serons-nous tous transformer en grenouille, ou a defaut en Segolene Royale... |
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