LES ARTICLES LES PLUS :
International
Etats-Unis : le retour de l'arrogance ?
lire l'article
Politique
Interview de Jacques Mesrine : "C’est ma façon de dire merde"
lire l'article
Culture
La domination culturelle américaine est-elle totale ?
lire l'article
THEMES :
- Afghanistan
- Afrique
- banques
- Berlusconi
- capitalisme
- changement climatique
- Chine
- chômage
- cinéma
- Clinton
- Corée
- crise financière
- crise économique
- croissance
- Delanoë
- droits de l'homme
- démocratie
- environnement
- Etats-Unis
- Europe
- finance
- France
- gauche
- guerre
- génocide
- géopolitique
- histoire
- immigration
- Inde
- inflation
- Internet
- islam
- Israël
- Italie
- Jeux Olympiques
- justice
- libéralisme
- littérature
- mafia
- mondialisation
- musique
- médias
- nucléaire
- Obama
- Occident
- OTAN
- Palestine
- pauvreté
- philosophie
- presse
- prison
- PS
- pétrole
- recherche
- religion
- retraites
- Royal
- Russie
- réformes
- santé
- Sarkozy
- société
- terrorisme
- Tibet
- télévision
- écologie
- élections
- élections américaines
- énergie
Politique
Pourquoi Nicolas Sarkozy s'agite-t-il autant ?
L'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en mai 2007 inaugure une nouvelle phase de la vie politique française et transforme les formes du pouvoir exécutif par une surexposition de la fonction suprême de l'Etat.
Saluée ou critiquée, l'hyper-présidence de Nicolas Sarkozy révèle une nouvelle phase de l'histoire des démocraties occidentales. L'action tous azimuts du président, relayée par la presse, traduit la demande d'un renouvellement des symboles de l'action politique.
Les vecteurs de l'évolution récente des démocraties occidentales
D'abord, il faut noter un renforcement du pouvoir exécutif qui ne cesse de mordre sur les prérogatives des assemblées depuis les années 1970. Cette tendance est à relier à la personnalisation accrue du pouvoir, une évolution plus aiguë dans les régimes présidentiels (affirmation d'une présidence impériale aux USA, hyper-présidence de Nicolas Sarkozy en France).
Ensuite, l'entrée des démocraties occidentales dans le monde post guerre froide s'est accompagnée de la fin de l'affrontement idéologique violent entre communistes et non-communistes, engendrant une recomposition des clivages politiques dont l'Italie s'avère un exemple significatif.
Puis, s'ajoute le développement des NTIC proposant des outils de communication nouveaux et parfois plus performants en termes de diffusion des idées comme l'illustre l'usage d'Internet par Barack Obama pendant sa campagne (un cas d'école) et dans une moindre mesure le site Désirs d'avenir de Ségolène Royal.
Enfin, en parallèle, les équipes de campagnes introduisent une nouvelle technique apparue aux Etats-Unis au milieu des années 1990, le storytelling ou l'art de raconter des histoires. Omniprésent, il est un outil de communication, de contrôle et de pouvoir désormais considéré comme incontournable aux décideurs, qu'ils exercent dans la politique, l'économie... Le storytelling permet aux hommes politiques de réenchanter l'action publique en parlant de la nation, de ses problèmes et avant tout d'eux-mêmes, ce qui ouvre la porte au phénomène de peopolisation.
Une contrainte nouvelle : gouverner avec l'opinion
Emerge alors en France la doxocratie, ou pouvoir de l'opinion, qui secoue le système représentatif hérité du XIXe siècle. L'élection présidentielle de 2007 correspond à son acceptation par la classe politique. Les trois candidats arrivés en tête sont ceux qui ont exceptionnellement dialogué avec l'opinion publique.
Souvent vilipendée, la démocratie d'opinion constitue une forme nouvelle du pouvoir populaire, comme le décrit Jacques Julliard. Elle traduit une révolte de l'opinion publique vis-à-vis de sa classe dirigeante. Elle est l'irruption brutale du peuple dans les lieux où se décide son avenir entre les scrutins. La démocratie d'opinion est alors l'aspiration à la délibération permanente rendue possible avec les NTIC (médias, sondages) en plein régime représentatif. Médiatique, elle est fille de la révolution technologique et du désir populaire de participation. Directe, elle se défie des intermédiaires (Parlement, partis).
Aussi la démocratie d'opinion penche résolument vers le régime présidentiel, dans un tête-à-tête privilégié entre l'opinion publique et le président au-dessus des corps constitué. Selon Jacques Julliard, "Nicolas Sarkozy est en train de pousser le système à ses dernières extrémités : le gouvernement par l'opinion a pour principal moyen d'expression non le Parlement, comme par le passé, mais la télévision. C'est un gouvernement par l'émotion, où la rationalité trouve de plus en plus difficilement sa place."
Vers une démocratie de l'hyper-communication ?
A sa manière, Nicolas Sarkozy est peut-être le premier homme politique français à chercher à intégrer au jeu institutionnel cette intervention permanente de l'opinion dans les affaires publiques. Il en résulte une surexposition de son action qui donne chaire au dialogue entre l'opinion et le pouvoir.
La communication investit alors l'agora, parfois jusqu'à provoquer une certaine saturation. Communiquer semble prendre le pas sur les résultats de l'action. Dès le début de son mandat, le président Sarkozy entend contrôler l' "agenda" des médias en scénarisant son accession au pouvoir, en structurant l'action politique en séquences cohérentes, et lui donnant le rythme et la forme d’un feuilleton permanent dans lequel alternent des épisodes de la vie publique et de la vie privée.
Le sarkozysme repose sur le primat d’une mise en scène du pouvoir forte de symbolisme visant à répondre à la crise de la représentation politique. Le succès du thème de la rupture et du renouveau est associé à celui du mythe de l’homme providentiel. Apparaît alors un "césarisme néo-libéral de type latin" qui conserve l’ordre établi en "réenchantant le politique", pour reprendre les termes de Pierre Musso. Désormais, le visible sera le lisible : le sens est réduit à l’image. L’activisme du président est indissociable de l’élaboration de récits fictifs empruntant à un double modèle, celui du storytelling et celui hollywoodien des fictions audiovisuelles créant un univers manichéen peuplé de héros et d’anti-héros, de victimes et de "sauveurs" structurant les imaginaires du débat public, tout en offrant à l’électeur-téléspectateur la possibilité de s’identifier au héros qui lui raconte son histoire.
Ainsi Nicolas Sarkozy s’est imposé comme le principal narrateur de la vie publique française. L’essentiel est de mettre en scène l’acteur-président. Le 1er acte de la figure symbolique Sarkozy intervient en mai 1993 lors de l’affaire de l’école maternelle de Neuilly quand le maire de la ville négocia avec le criminel Human Bomb. Face à la crise, le président Sarkozy veut refonder le capitalisme pour sauver la France des excès du néolibéralisme. Sans oublier quelques épisodes proposant du rêve : la success story de Rachida Dati ou le mariage avec Carla Bruni.
Cette hyper-activité contribue au nouvel ordre symbolique qui habille l’Etat libéral des concepts et des méthodes du management qui lui impose l’esprit d’entreprise et le dogme de l’efficacité. Ainsi, le sarkozysme se veut le promoteur du passage de l’Etat-Providence en crise à celui de l’Etat libéral triomphant et fonctionne par la combinaison d’une symbolique managériale et de sa théâtralisation hollywoodienne. Les limites de cette évolution de la démocratie française sur le débat public sont réelles.
|
auteur: Frédéric George en savoir plus sur l'auteur |
Créez votre profil
pour noter, réagir
et écrire
sur contre-feux.com








