Politique


PS, idées, Congrès de Reims
Ribosomis (Flickr)

Quand le PS cherche des idées

Affirmer rechercher des idées, c'est aussi reconnaître qu'on en a pas. Voilà le problème du PS, hanté par un impératif de synthèse, mais véritablement obsédé par l'élection de 2012. Une obsession stérile, symptomatique du malaise de la gauche en France. Un malaise que l'on retrouve aussi au-delà de nos frontières, comme en témoigne notre débat consacré à la gauche en Europe.

Contrairement à ce qu’affirment des média de mauvaise foi (forcément), les dirigeants socialistes étaient, à l’ouverture du congrès de Reims, d’accord sur l’essentiel. Et il suffit de parcourir le site officiel du PS, comme les blogs respectifs des divers éléphants, éléphanteaux et autres jeunes reconstructeurs, pour s’en convaincre. Tous sont d’accord sur deux objectifs :

1°) la désignation du nouveau Secrétaire national ne doit pas tourner au Combat des chefs (pour reprendre le titre persifleur du dernier livre de J-M Blier)

2°) le congrès doit être l’occasion d’un débat d’idées fécond, qui débouchera sur un programme politique clair. Ces deux objectifs sont résumés par un mot d’ordre qui a valeur d’avertissement : Ne surtout pas refaire les erreurs du congrès de Renne !

 

Le PS n’a pas remporté une élection législative depuis 13 ans, ni une élection présidentielle depuis 20

On peut bien sûr remarquer qu’on n’en appelle pas à l’unité, quand cette unité est une évidence pour tous. On peut aussi noter qu’appeler à l’unité, c’est presque toujours dénoncer le sectarisme ou l’irresponsabilité des "autres", ceux qui menacent justement la sacro-sainte unité – à ce titre, les remarques adressées par B. Hamon à "Vincent" (Peillon) et à "Julien" (Dray), qu’il "aime beaucoup" d’ailleurs, sont assez savoureuses ! Et la trajectoire sinueuse de P. Moscovici, illisible pour un non initiée, devient du coup limpide : il s’agit précisément de dépasser les anciens clivages internes pour impulser un nouvel élan ! Mais faire ces remarques, ce serait, bien sûr, contribuer à la campagne sarkoziste de dénigrement systématique du PS.

 

La crise de la novlangue socialiste

 

Alors prenons au mot les déclarations d’intention des socialistes, laissons de côté les querelles de personnes, et penchons-nous sur les fameuses "idées" qu’ils appellent tous de leurs vœux. Ou plutôt, demandons ce que veut dire "chercher des idées" dans la novlangue socialiste. Il faut d’abord reconnaître ici une certaine honnêteté : affirmer qu’on recherche des idées, c’est aussi reconnaître qu’on n’en a pas, ou qu’elles sont encore floues et sujettes à discussion. Le PS est en crise, et il a le courage de le dire.

 

Surmonter la crise ne signifierait alors rien d’autre que remporter les élections de 2012

Mais si on se penche plus attentivement sur ce qu’on appelle une "crise" en langage socialiste, on retombe sur des difficultés strictement politiciennes – et les questions idéologiques se retrouvent à nouveau reléguées à l’arrière plan. Car le problème est d’abord que le PS, s’il est capable de gagner des élections locales, n’a pas remporté une élection législative depuis 13 ans, ni une élection présidentielle depuis 20. Surmonter la crise ne signifierait alors rien d’autre que remporter les prochaines élections. Et la recherche d’idées est entièrement subordonnée à cet objectif électoral.

 

Bien sûr, cet objectif n’a rien en lui-même d’infamant. Le PS est un parti de gouvernement et non une réunion d’intellectuels qui proposeraient des utopies sans se préoccuper des moyens de leur mise en œuvre. Il s’agit bien de construire un programme cohérent, qui pourrait constituer ensuite une politique réaliste. Mais comment construire un tel programme lorsqu’on est obsédé par les questions de stratégie électorale ?

 

Des motions minoritaires pourtant légitimes

 

Hamon se réfère au programme commun de Mitterrand en 1981 pour justifier sa main tendue à l'extrême gauche

Il suffit d’examiner les six motions qui ont été soumises au vote des militants pour constater les ravages de cette attitude qui soumet la réflexion aux questions d’alliances (alliances internes au PS, et alliances éventuelles avec les autres partis de la gauche et du centre). Deux motions ont une réelle cohérence interne, et ce sont précisément celles qui n’avaient aucune chance d’être majoritaires : les motions B et F du Pôle écologique et du groupe Utopia. Si l’on se penche sur les quatre autres motions, on voit que les propositions intègrent plus ou moins explicitement des questions de positionnement politicien.

 

La motion de B. Hamon est sur ce point la plus honnête, qui "tend la main" à l’extrême gauche, et refuse clairement toute alliance avec le MODEM. Et le député européen ne manque pas alors de se référer au programme commun de la gauche pour justifier sa démarche : n’est-ce pas ce qui a permis à Mitterrand d’être élu en 1981 ? Seulement le programme commun élaboré à la fin des années 70 fut le résultat d’un rapport de force et de compromis entre deux projets clairement définis (par le PC et par le PS). Ici, il devient une sorte de cadre vide qui doit permettre des accords électoraux.

 

Des motions majoritaires illisibles

 

Enfin, chacune des trois motions majoritaires tente à la fois de se démarquer des autres et de faire signe vers un possible compromis. Les socialistes ont pendant des années déploré un défaut qui leur était récurrent : l’obsession de la "synthèse". Cette pratique conduisait à rassembler dans un texte de compromis des déclarations d’intention généreuses, et des propositions suffisamment vagues pour contenter les uns et les autres. Il semble que B. Delanoë, M. Aubry et S. Royal aient trouvé le moyen d’éviter cet écueil, qui donnait lieu à des débats interminables et débouchait sur des compromis a minima : proposer des motions qui sont déjà des synthèses suffisamment vagues pour se prêter à de multiples interprétations. Il suffisait d’y penser !

 

La crise du PS va donc bien au delà d’une querelle de personnes : les enjeux électoraux sont si bien intégrés par chacun qu’ils conditionnent l’élaboration d’un éventuel projet. Si proposer un programme politique a toujours signifié se positionner par rapport aux uns et aux autres, cette attitude est maintenant tellement bien acceptée par les socialistes, qu’elle empêche la recherche d’idées neuves comme recherche indépendante de toute visée stratégique.

 

Les journalistes ont donc raison de s’intéresser au "Combat des chefs", car c’est bien le seul moyen de comprendre quelque chose au prétendu "débat d’idées" que tous les socialistes appellent de leurs vœux.

 


Découvrez également notre débat consacré à la Crise de la gauche en Europe

auteur: Julien Lotito
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