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Mécontentement et incompréhensions face aux réformes impulsées par le gouvernement Prodi, mythe du 'Cavaliere' et émergence d'un électorat populiste et populaire, sous la forme de la Lega Nord, devenue un acteur incontournable de la scène politique italienne, Marco Oberti dresse un état des lieux. On l'écoute.
Le 28 avril, Gianni Alemanno, candidat de la formation de Silvio Berlusconi, le PDL, a remporté la ville de Rome, gérée pendant 15 ans par la gauche, au terme du second tour des élections municipales anticipées. Peut-on parler d'un coup de barre à droite ?Marco Oberti : C'est difficile à dire, car la victoire de Gianni Alemanno tient à plusieurs raisons. D'un côté, on voit arriver à la tête de Rome un homme au passé trouble, militant fasciste dans sa jeunesse et qui lors de sa campagne, a largement usé de thèmes ultra-médiatisés comme l'insécurité, l'immigration, les agressions mettant en cause les Roumains ou les Roms... des thèmes générateurs de tensions et donc très payants à Rome comme dans le reste de l'Italie. A cela, on ajoute le fait qu'au cours de ces deux élections, le PD n'a pas su rendre son projet visible et encore moins perceptible. Sans parler du sentiment d'usure des romains vis-à-vis de la gauche après les deux mandats consécutifs de Walter Veltroni, dans un pays où il reste extrêmement rare d'être élu deux fois de suite. Le succès de la droite à Rome est probablement un mélange de tout cela.Dans quelle mesure la question de l'émigration a t-elle pesé dans ces deux élections et le vote à droite ?Marco Oberti : Encore une fois, c'est difficile à dire car difficile à mesurer. Pour cela, il faudrait des chiffres et des enquêtes réelles. On peut penser que le dossier de l'émigration a pesé dans le choix des Italiens mais ça demande à être vérifié. D'autant que la question des Roms, qui est une spécificité de la péninsule, complexifie la relation de la société à l'immigration.Pour quelle raison ?Marco Oberti : Plus que partout ailleurs en Europe, la population Rom, est très importante en Italie et surtout dans la capitale, ce qui crée des tensions très fortes. Aujourd'hui, la présence des 'gens du voyage' est perçue comme plus problématique que celle des autres émigrés, car on les associe à la mendicité, au vol, aux phénomènes d'agression, de violence, et donc à l'insécurité. Des thèmes, je l'ai déjà précisé, largement réutilisés par la droite et l'extrême-droite, qui jouent beaucoup sur l'immigration en général.Vous mentionnez la droite et l'extrême-droite. La Lega Nord est aujourd'hui la troisième force de l'Italie. Faut-il conclure de son succès qu'une partie de l'électorat italien s'est radicalisée concernant les étrangers ?Marco Oberti : Attention, s'il y a bien une dimension xénophobe dans la Lega, en aucun cas on ne peut réduire ce parti, et donc son électorat à cela. Diaboliser à outrance ce courant, c'est simplifier la complexité de la forme d'adhésion des Italiens. Car la Lega est une expression régionale, dont les revendications identitaires passent par la culture et la langue, mais aussi par l'expression d'une culture d'entreprise du Nord, dont l'identité tient à ses performances économiques. En règle générale, qui a voté pour la Lega a donc également voté contre la démocratie romaine, considérée comme dispendieuse et très éloignée du monde des petites entreprises, auquel appartient la majorité de l'électorat. Tout un ensemble de préoccupations qui peuvent à certains moments se traduire par le rejet des étrangers et une forme de xénophobie, sans en faire une généralité.
Marco Oberti : Ce qui va être compliqué pour le nouveau gouvernement, c’est de tenir ensemble deux visions : une première assez pragmatique et libérale de l'économie, revendiquée par Berlusconi lui-même qui dit avoir besoin des immigrés, et puis de l'autre côté, celle de la Lega, et qui porte en elle quelque chose d'assez complexe, on l'a vu.
Pourquoi la société italienne a-t-elle autant besoin d'immigrés ?Marco Oberti : Avant toute chose, il faut bien comprendre qu'en Italie encore plus qu'ailleurs en Europe, on ne pourra pas se passer de l'immigration, pour des raisons démographiques, économiques, mais aussi politiques. Avec le taux de fécondité le plus faible du monde développé, la société italienne est en train de devenir une société de personnes âgées, et c’est son principal problème. En tablant sur un scénario optimiste quant à la fécondité et l'immigration, on arriverait en 2030 à un quart de la population âgée de plus de 60 ans ! Face à ce déséquilibre démographique, la péninsule ne peut pas se passer de l'immigration, car elle va avoir besoin de gens pour cotiser et assurer les retraites des autres.
La seconde raison concerne tout ce qui touche à l'univers et l'économie domestique, qui s'appuie de plus en plus sur la présence d'une main d'oeuvre immigrée féminine. L'Italie dispose d'un système de protection sociale défaillant, dont une partie repose de manière informelle sur la famille - donc essentiellement la femme - et son implication dans la prise en charge de la petite enfance, des jeunes, des personnes âgées, etc... Or, les femmes italiennes acceptent de moins en moins ce modèle traditionnel et se font remplacer dans les services domestiques par une main d'oeuvre immigrée féminine et peu coûteuse, qu'on appelle communément la Badante (l'employée de maison, la femme de ménage, la garde malade, l'auxiliaire de vie, la baby-sitter....). Aujourd'hui, la grande caractéristique de l'Italie, c'est que tout un pan de l'immigration repose sur la présence des femmes dans l'univers domestique des familles italiennes. Et vice-versa.
Et puis enfin, il y a l'économie des districts industriels, qui a besoin de main-d'œuvre et qui la trouve dans l'arrivée d'immigrés.Quelle attitude chez les Italiens par rapport à la question de l'immigration ?
Marco Oberti : Y compris dans les régions où les gens ont voté massivement pour la ligue, personne n'est contre la présence des immigrés - et là, au risque d’être un peu cynique et provocateur - du moins tant que ces derniers travaillent, qu'on ne les voit pas, qu'on ne les entend pas, et surtout, qu'ils n'existent pas socialement. Même la ligue ne dira pas qu’elle refuse la présence d’immigrés, car elle sait ce qu'elle peut en tirer. Résultat : on est donc face à une situation où économiquement et socialement, l'Italie est consciente qu'elle ne pourra pas se passer des étrangers. Le pays doit néanmoins tenir compte d'un parti, la Lega, qui n’accepte les immigrés qu’à la condition qu’ils ne viennent pas compliquer et perturber l’équilibre actuel. Et notamment polluer les petites sociétés locales de la 3e Italie (Italie des petites et moyennes entreprises du centre et du Nord-Est du pays, ndlr)... Pas d'intégration autre qu' économique donc.N’est-ce pas un schéma un peu explosif à terme ?Marco Oberti : Le problème, c'est qu'un modèle comme celui que je viens d'évoquer, selon la façon dont il est géré, c'est de la dynamite ! Prenez l'exemple du mur de Padoue où l’on a construit un mur entre le reste de la ville et une population immigrée, jugée indésirable... Tout cela génère beaucoup de craintes. Dans ce contexte, Silvio Berlusconi fait face à une situation compliquée. D’un côté, il doit tenir compte des positions assez raides de la Lega sur l'immigration - mais aussi sur les mœurs et coutumes en Italie -, de l’autre, il est obligé de prendre en considération une autre vision de l'économie et du dynamisme de la société italienne, très libérale celle-ci, et qui regarde donc de manière plus pragmatique la question de l'immigration.Démographie vieillissante, système de protection sociale défaillant, taux de diplômés du supérieur le plus faible d’Europe, corruption et économie criminelle galopantes… la société italienne est face à des défis multiples. Que peut-on attendre de Silvio Berlusconi ?
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Enfin un sociologue qui n'a pas la langue de bois!! La dernière vidéo démontre très bien les contradictions de nos démocraties contemporaines : nous élisons, en Russie, aux USA, en France et en Italie, et avec de larges majorités, des dirigeants soupçonnés, au bas mot, d'autoritarisme, au pire, d'impérialisme ou d'autocratisme. De deux choses l'une : soit les électeurs sont victimes des campagnes de communication des Berlusconi, Poutine et confrères; soit les habitants des pays démocratiques aspirent à autre chose qu'à la démocratie qu'on leur propose... La première solution semble plus vraisemblable. Reste à savoir si le terme de démocratie, utilisé à tord et à travers comme une lithanie religieuse, peut conserver un sens, être encore porteur et source de valeurs.
Je crois que vous tenez la reponse: la democratie est tres proche des ideaux que pourrait vehiculer une religion. Et si cette religion etait pratiquee suivant ses preceptes, la democratie s'y insererait d'elle-meme. Seulement aussi bien que l'on peut douter de la bonne pratique de nos religions, l'on peut douter de la possibilite d'une existence de la democratie au sein d'une societe comme la notre. "Abrutir pour mieux commander", la donne n'a jamais change. Et si les guerres ont ete remplacees par des mesures sociales, sous-entendu en octroyant de soi-disants avantages au peuple, il n'a jamais cesse d'etre berne par le mythe democratique.
Aussi votre premiere solution me parait plus vraisemblable: dans un etat de passivite parfaite, les peuples attendent de voir si les moins democratiques des candidats peuvent leur donner encore plus. Car ils ont l'impression d'avoir l'opinion publique de leur cote. Grande strategie des gouvernements!