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Politique
Enfants de Don Quichotte ou l'humanitaire people
Enfants de Don Quichotte, le documentaire, retrace l'épopée d'Augustin Legrand, porte-parole de la cause des sans-abris. Entre pathos et coup de gueule humaniste, le comédien inscrit son action dans une habitude du show-business français de se piquer d’humanitaire.
Mercredi dernier est sorti en salle le film documentaire Enfants de Don Quichotte (Acte1) retraçant l’épopée d’Augustin Legrand. Militant associatif et acteur de cinéma, Saint-Augustin a la foi humaniste chevillée au corps. Chacune de ses interventions médiatiques respire la juste indignation citoyenne, et le généreux "coup de gueule" humaniste. La cause de ce miséricordieux comédien ? La dénonciation de la situation des sans abris. Juste cause.
On se souvient de l’action des Enfants de Don Quichotte lors de l’hiver 2006-2007 : l’installation sur les bords du Canal Saint-Martin, l’un des épicentres du néo-Paris bobo, de centaines de tentes Quechua rouges, à destination des sans domicile fixe. On se souvient de la perspective du quartier, transfigurée par ce happening esthético-caritatif…
La sortie du long métrage Enfants de Don Quichotte (Acte 1), vient confirmer la dimension artistique de l’opération. Certes, l’action d’Augustin Legrand a abouti à un certain nombre de promesses politiques en faveur des sans abris, ainsi qu’au vote - en 2007 - de la loi DALO (Droit au logement opposable). Certes, ce long-métrage documentaire vient évidemment supporter et prolonger l’action associative des Enfants de Don Quichotte. Mais il nous est permis de nous interroger sur cette relation nouvelle du combattant associatif à sa propre image.
Dès le début du mois d’octobre 2006, c’est à dire plusieurs semaines avant le début du mouvement des Enfants de Don Quichotte, un article de la République du Centre évoque la volonté d’Augustin Legrand de tourner un documentaire sur l’exclusion. La journaliste Charlotte Robinet rend compte de la visite du comédien à Orléans, à l’occasion de la présentation du film L’Héritage dans lequel il est à l’affiche ; et s’achève sur cette confidence : "Et déjà dans l'esprit d'Augustin, l'idée de réaliser son propre long métrage : un documentaire militant, ‘façon Michael Moore’, sur le thème de l'exclusion...". Seize jours après la publication de cet article Augustin Legrand amorçait le mouvement en s’installant volontairement dans la rue, auprès des plus démunis.
Nul doute que ce mouvement associatif aurait vu le jour sans ce désir de documentaire "à la Michael Moore", mais il convient de se poser plusieurs questions : quel est ce nouveau militantisme humanitaire de la "transparence" et de la "mise en scène", qui livre le moindre de ses gestes à l’œil d’une caméra amie, de témoignage et de "propagande" ? Si l’ancien militantisme humanitaire à la papa s’exposait bien volontiers aux caméras des médias, il n’était pas encore producteur de ses propres images. Voilà que l’action du néo-humanitaire se confond désormais avec l’activité de filmer sa propre démarche. L’action humanitaire est donc devenue une extraordinaire fabrique d’icônes.
Augustin Legrand est l’une de ses icônes du Bien. Partout, dans la presse, il frôle la canonisation. Mathieu Kassovitz, qui est le producteur du film documentaire Enfants de Don Quichotte (Acte 1), résume bien – dans le Journal du Dimanche - le sentiment général qui entoure le sympathique Saint-Augustin : "Ce qui est beau dans cette histoire, c'est que tout le monde est capable de faire ce qu'il a fait. Mais comme tout le monde se taisait, il a été obligé de se bouger pour nous réveiller." A mi-chemin entre le religieux et le showman, Augustin Legrand fait comme le Christ : il souffre pour nous. Et sa souffrance est partout visible : il souffre de voir souffrir les sans domicile fixe, il souffre de son impuissance à leur venir en aide rapidement, il souffre de l’indifférence de certains décideurs politiques, il souffre même d’être une icône. Les médias sont conquis par sa belle gueule de mater dolorosa; le JDD le décrivant ainsi : "Bloc d'énergie chaleureuse culminant à plus de deux mètres". Sa souffrance est photogénique.
Saint-Augustin, entre fragilité et prestance physique d’acteur, est non seulement une icône du Bien, mais aussi une incarnation des plus démunis. Incarnation plutôt improbable de ces sans domicile fixe brisés par la vie, qui ont dû longtemps se demander ce que cet homme du show-business recherchait en devenant leur porte-parole. Le JDD, en mission promotionnelle, répond à la question : "Legrand a tellement bataillé pour les SDF, de réunions ministérielles en tables rondes associatives, qu'il en a oublié son métier de comédien. Faute d'avoir assez travaillé, il a perdu le statut d'intermittent du spectacle. Il n'a plus un sou en poche." Augustin rejoint là les plus hautes figures spirituelles du dénuement et du don de soi.
Cette pureté en viendrait presque à nous faire oublier que son action s’inscrit aussi dans une accablante habitude du show-business français de se piquer d’humanitaire. Là où les grandes stars hollywoodiennes se contentent souvent de faire de fracassants dons en millions de dollars à des fondations caritatives chics, les stars françaises ont souvent le désir de montrer leur générosité à l’œuvre. Ces figures de l’indignation et du "C’est pas normal !" et du "J’accuse !", sont connues, elles viennent souvent du monde du cinéma et de la chanson. On citera pêle-mêle Jacques Higelin, Emmanuelle Béart, Josianne Balasko, etc.
Le mouvement des Enfants de Don Quichotte n’a pas échappé à cette recherche du piment people : on se souvient de ces images de Jean Rochefort sortant d’une tente rouge en dénonçant le sort des sans abris. Le tout à côté de Saint-Augustin, au visage transfiguré par l’humanisme, souffrant pour lui. Et souffrant aussi pour la caméra qui le filme. Déformation professionnelle ? Mélange des genres ?
A force de se rêver en Don Quichotte, sympathique chevalier idéaliste à la barbe de trois jours, ne risque t-on pas de se transformer un jour en moulins à vent ? Ces géants qui brassent de l’air et que l’on voit à des kilomètres…
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auteur: François-Xavier Ajavon en savoir plus sur l'auteur |
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Moulins à vent...
Des sans-abris qui crèvent de froid ; un type connu, donc médiatisé, qui passe deux mois sous une tente, avec eux ; une loi qui rend le droit à un logement décent opposable à l'Etat, 2 milliards de crédit débloqués pour les mal-logés ; un auteur qui évoque ces géants qui remuent l'air : cherchez l'intru (l'erreur ?)... | |||
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L'origine du "bien"
Deux remarques suite à votre article, tout d'abord à creuser la fondation de l'association des EDQ par LES frères Legrand, qui de souvenir voulait venir en soutien aux "jeunes de banlieues", preuve en est, malgré le non relai médiatique, de l'engagement auprès des SDF de ces jeunes venus en nombres. En rien ce film, et le documentaire qui sort aujourd'hui ne doivent être confondus. Même si la question de la peoplisation de l'engagement doit être soulevée, il convient de différencier les acteurs. Merci à FX Ajavon pour soulever la question, en espérant qu'il rencontre les protagonistes pour tester son analyse. | |||
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"Juste cause" : l'essentiel est dit.
Critiquer de bonnes initiatives pour leurs aspects un peu ridicules, un peu trop mas-tu-vu, cela aussi, hélas, c'est plus franco-français qu'anglo-saxon. Pour ceux qui dorment dehors, devoir un toit à des raisons d'ego, de marketing ou d'amour universel importe peu. C'est un luxe que de s'en agacer. Quand ce n'est pas une posture... | ||
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Cet article a un double mérite à mes yeux. | ||
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