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Sous la percée écologiste, la déchirure de la gauche

Lors des dernières élections européennes, le parti au pouvoir n'a pas subi de vote sanction et les listes écologistes ont connu un franc succès. Quelles leçons en tirer sur l'état de la gauche française ?

Parmi les rares lois généralement vérifiées de la science politique, il en est une qui dit que le parti au pouvoir subit un vote sanction au bénéfice de l’opposition lors des élections dites "intermédiaires", celles qui interviennent entre deux grandes échéances électorales et qui n’ont pas pour enjeu le pouvoir au niveau national. La première place obtenue par l’UMP et la déroute électorale du PS infirment-elles cette loi ? Le succès des listes Europe-Ecologie traduit-il l’émergence d’un courant écologique puissant et profond appelé à renouveler la gauche et constitue-t-il l’explication du désastre socialiste ?

 

La défaite du PS est la conséquence de la déchirure idéologique qui traverse toute la gauche

En fait, la percée des listes emmenées par la figure charismatique de Daniel Cohn-Bendit aux élections européennes du 7 juin a tendu à masquer la véritable signification du verdict rendu par les électeurs. Le résultat de ces élections n’est pas un succès de la droite, mais un succès de l’UMP à l’intérieur de la droite. Il est, à l’intérieur de la gauche, une défaite du PS au profit des listes Europe-Ecologie, pas une défaite de la gauche. En revanche, la défaite du PS peut être interprétée comme la conséquence de la déchirure idéologique qui traverse la gauche tout entière et qui obère ses chances de succès à l’élection majeure qu’est l’élection présidentielle.

 

La loi des élections intermédiaires a-t-elle été vérifiée le 7 juin ?

 

Oui, d’une certaine manière, puisque le rapport de force gauche-droite de 2009 reproduit à peu près celui de 2004, qui était déjà un vote sanction donnant une légère majorité à la gauche. Le vote de 2009 est encore plus un vote sanction si l’on considère que le vote Modem est devenu un vote d’opposants au pouvoir en place, alors que le vote UDF de 2004 était un vote pour une composante de la majorité. Le succès de l’UMP consiste avant tout en l’accroissement de sa domination sur ses satellites de droite. Et le recul du PS consiste avant tout en une fuite de ses voix, un peu vers l’extrême gauche, et beaucoup vers les listes d’Europe-Ecologie.

 

Le mauvais score du PS n’indique pas que celui-ci serait sur la pente du déclin électoral : en 2008, il a encore gagné les élections municipales. Son échec est, de manière immédiate, la conséquence de l’image déplorable récente qu’il a acquise au congrès de Reims en novembre 2008, mais aussi et surtout, sur le plus long terme, il est la conséquence de la fracture idéologique qui traverse maintenant l’ensemble de la gauche. Entre les nostalgiques de la "rupture avec le capitalisme" et ceux dont l’idéal est représenté par les social-démocraties scandinaves, la gauche est déchirée. Et la coupure passe au cœur même du grand parti de gouvernement qu’est le PS.

 

Depuis 1997, le PS a opté pour une stratégie de l’ambiguïté

 

Depuis 1997, le PS a refusé de choisir entre deux lignes inconciliables

Depuis les élections législatives de 1997 gagnées par Jospin, le PS a opté pour une stratégie de l’ambiguïté, qui consiste à refuser de choisir entre la ligne social-réformiste scandinave et la ligne anticapitaliste-étatiste traditionnelle et à tenter de suivre à la fois ces deux lignes inconciliables. Cette stratégie de l’ambiguïté rend le PS inaudible non pas parce qu’il ne parle pas assez fort mais parce qu’il ne sait pas ce qu’il veut dire et parce que les électeurs ne savent pas ce qu’il veut faire. Cette stratégie a été celle de François Hollande qui n’a pas voulu choisir entre les partisans du oui et ceux du non à l’Europe. Elle a été Ségolène Royal lors de sa campagne électorale de 2007, où elle a voulu incarner les deux lignes à la fois.

 

Substituant la compétition entre les personnes aux choix idéologiques, c’est encore elle qui a mené au désastreux congrès de Reims, où l’on a vu la constitution d’un syndicat hétéroclite d’opposants à Ségolène Royal, dont le seul objectif était de faire barrage à celle qui incarnait, à tort ou à raison, les espoirs de la moitié des adhérents du PS. C’est elle qui, aujourd’hui, donne du PS l’image d’un bateau sans pilote ni gouvernail dont les chefs sont tout entier investis dans leurs rivalités internes.

 

Le 7 juin, nombre d’électeurs de gauche ont voté Cohn-Bendit par substitut au vote socialiste

 

Le 7 juin, face à un PS à l’image déplorable, les listes de Daniel Cohn-Bendit sont apparues à nombre d’électeurs de gauche comme une sorte de substitut du vote socialiste, un moyen de voter pour l’opposition sans voter PS, un moyen d’envoyer au PS un message de mauvaise humeur. Sans vouloir nier le commencement de prise de conscience écologique qui commence à s’opérer, ce message, pour autant, n’a guère de signification idéologique précise. Il n’indique pas de quelle manière le PS doit sortir de son refus de choisir entre les deux lignes politiques qui s’offrent à lui.

 

En ce sens, il reflète la déchirure qui n’est pas seulement celle des dirigeants du PS mais aussi celle des électeurs de gauche. Ceux-ci ne sont pas d’accord entre eux sur la manière de choisir entre les deux lignes et nombre d’entre eux rêvent, en fait, d’une solution qui leur permettrait d’échapper au dilemme sans avoir à le trancher.

auteur: Etienne Schweisguth
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