Racisme anti-fonctionnaire(s). Des privilégiés, des fainéants et des improductifs !

La crise économique pousse Nicolas Sarkozy à renforcer sa "rupture" démocratico-césariste. Cette dernière passe par la division au sein du peuple-classe. Il s’agit de faire diversion pour cacher la spoliation de la bourgeoisie financière. Il focalise alors l’attention stigmatisante sur un ou plusieurs "boucs émissaires" : sans-papiers, fonctionnaires, musulmanes bâchées, etc., sans donner de solutions positives aux dossIers, bien au contraire. La rupture sarkozyste passe donc, on l’a montré ailleurs, par la xénophobie d’Etat, la réhabilitation du colonialisme, le sécuritarisme et même le racisme.
Prenons l’exemple des fonctionnaires. Si, comme l’écrit Eric Le Boucher (1), "le XXIème siècle a des allures du XIXème", alors au racisme multiforme pourrait s’ajouter ce racisme particulier. Faire disparaître le fonctionnaire, non pas par élimination physique mais par son statut, est le rêve des patrons qui veulent en finir en France avec l’exception de 1946, notamment par un dépeçage généralisé des codes du travail dans le privé (cf. G. Filoche) et la casse de la Sécurité sociale (cf. B. Téper).
Bref parallèle avec le racisme. Le racisme a une double dimension , l’une pseudo scientifique vise à démontrer l’existence d’une race et son infériorité relative, l’autre de type vulgaire s’adonne à l’injure, l’insulte et la stigmatisation du racisé qui doit être exclu. Il en va de même pour certains contre les fonctionnaires.
Contre la précarité, défendre et étendre les garanties plus que les réduire
Les fonctionnaires sont en quelque sorte "racisés" sous la figure ambivalente de la caste des privilégiés. Ils sont racisés bien souvent par ceux-là même qui sont du côté des dominants et des possédants dans les rapports sociaux qui clivent la société civile. Faut-il rappeler ici qu’un fonctionnaire gagne peu (entre le SMIC et 2800 euros pour les fonctionnaires de base (en variation selon la catégorie C, B, A) et que ce sont les enseignants de l’Education nationale de catégorie A qui font monter la moyenne nationale des salaires.
Même eux, au regard de leur qualification, reçoivent un traitement qui n’a rien d’exorbitant. Un professeur agrégé du public termine grosso modo (il y a des variations) sa carrière autour de 3200 euros par mois ! Rien à voir avec les salaires indécents des cadres supérieurs du privé qui disposent de salaires mensuels à cinq chiffres (10 000 euros par mois et beaucoup plus).
On l’aura compris, ce qui est vu comme exorbitant, c’est le statut, les statuts du fonctionnaire. Or la sécurité de l’emploi est un bien commun à étendre plutôt qu’à réduire. Tirer argument que certains fonctionnaires travaillent peu ou mal pour revenir en arrière sur ce progrès social montre assez le poids des logiques barbares qui poussent au chômage et à la misère quand les riches s’enrichissent. La civilisation humaine se gagne contre le sarkozysme qui tend à fragiliser ceux qui ne l’étaient pas encore et qui préfèrent un salaire modeste (entre le SMIC et 2500 euros) pour un travail garanti.
Travailler tous, ce n’est pas sombrer dans le "travaillisme" intensif !
Le qualificatif de "fainéant", qui leur est très souvent et très massivement attribué, est d’une part la suite logique de l’attribution d’un statut sécurisant et d’une configuration économique mondiale – le néolibéralisme – qui en libéralisant la concurrence économique créait deux secteurs d’activité économique, l’un en "guerre économique" intense l’autre en retrait de ce front de guerre. Les travailleurs du secteur privé sont soumis avec peu de règles protectrices à la dure concurrence internationale alors que le fonctionnaire lui ne monte pas au front de la "guerre économique". Il reste "planqué". On pourrait dire qu’il n’est pas le seul acteur social à ne pas être au front de la guerre économique. Ici s’ajoute le fait qu’il dispose d’un statut protecteur.
Le stigmate de "fainéant", renforcé avec le terme de "bras cassé", provient d’autre part de l’idéologie "travailliste" qui imprègne la théologie chrétienne recyclée par la théorie managériale qui se donne pour objet "la mobilisation des ressources humaines". Ce qualificatif de fainéant se rapporte, non pas aux sans emploi mais aux travailleurs, aux travailleurs salariés qui ne travaillent pas assez au regard des critères productivistes.
L’auteur de la "La modernisation au milieu du gué" parlait lui en 1994 dans une revue juridique spécialisée (pas dans un journal populiste d’extrême-droite) de "bras cassés" et proposait des mesures visant à mieux garantir la compétence effective derrière la qualification et le rendement derrière la disponibilité. Dans les services, contre les employés de base, les cadres faisaient comme FW Taylor jadis : ils "traquaient la flânerie ouvrière".
Un statut qui évolue
L’informatisation massive dans les services et les réformes politiques de l’Administration ont modifié la donne. Monsieur Choussat a été écouté car depuis quinze ans les fonctionnaires ont connus divers trains de réformes qui ont eu pour objectif et effet tangible de peser dans le sens d’une intensification du travail sans précédent ! Le statut est modifié peu à peu pour devenir plus flexible, c’est à dire mieux adapté aux conditions de la croissance du secteur marchand.
Mais le statut a deux faces : il continue de posséder, grâce aux garanties maintenues, une forte dimension "démarchandisante" (excuser le néologisme) donc protectrice. En fait le statut possède tendanciellement des vertus civilisatrices, de par sa relative mise à l’écart de la loi de la jungle du marché concurrentiel et de par sa face d’adaptation à la production de valeur d’usage, de production de services en vue de la satisfaction des besoins sociaux hors des critères marchands.
Si la force de travail dans le privé n’est déjà pas une marchandise comme les autres car il y subsiste une incertitude sur sa valeur d’usage (le rendement attendu est incertain) on peut dire que cet aspect est accru dans le public. L’exploitation de la force de travail publique existe mais de façon différente que dans le privé. Ainsi, contrairement au sens commun, on peut rappeler que le harcèlement au travail est supérieur en quantité et en durée dans le public par rapport au privé. Une réserve a émettre : la crise économique a peut être modifié ce constat.
Car fondamentalement, la mise sous statut du fonctionnaire assure la délivrance d’une disponibilité globale au service de l’intérêt général et des missions particulières qui en découlent. Disponibilité ne signifie pas être "taillable et corvéable" à toute heure du jour et de la nuit mais simplement respect des droits et devoirs du fonctionnaire contenus dans les textes ad hoc. Le statut de la fonction publique possède donc une relative dimension anticapitaliste perpétuellement attaquée par le capital et ses représentants politiques.
Avenir de la justice sociale et écologie : Produire de la valeur d’usage plus que de la valeur d’échange !
"Improductif", la caractérisation relève de l’idéologie pseudo-scientifique de défense du secteur privé marchand contre le secteur public non marchand. Pascal Gobry serait le dernier en date de ces personnes qu’il faudrait interpeller de temps en temps pour qu’elles prennent conscience de la portée de leur propos. Je laisse place à Jean-Marie Harribey pour l’explication de l’erreur qui in fine stigmatise toute une catégorie du peuple-classe qui produit des valeurs d’usage. Les fonctionnaires produisent ce que les travailleurs du privé ne sauraient produire de façon identique du fait de leur inscription dans une logique marchande (valeur d’échange) et de profit.
Pour conclure, il importe à l’ensembles des travailleurs du privé et du public de critiquer la naturalité de la "guerre économique" comme celle du marché qui ne sont qu’organisation sociale et notamment pour la mis en concurrence effrénée et la marchandisation accrue un produit spécifique du néolibéralisme et du mouvement de libéralisation des années 90. C’est pourquoi ATTAC a beaucoup critiqué l’OMC et les libéralisation de l’Union européenne.
1. Eric Le Boucher journaliste centriste au Monde écrit dans Economiquement incorrect (Grasset 2005) : "Ouvrant toutes grandes les portes, [la mondialisation] a aussi laissé entrer les forces de l’excès. La finance conduite par son mauvais génie, la grégarité. L’avidité. La futilité. Les crises monétaires et financières menacent l’ensemble. Les inégalités bousculent violemment les classes sociales. Le XXI ème siècle a des allures du XIX ème." (p. 10)
"Il n’est qu’un interdit : l’ignorance de la compétition globale". Comme si cette dernière n’avait pas été organisée par les mesures de libéralisation ! L’ouverture toute grande des portes aux forces de l’excès n’est pas tombé du ciel. De Reagan et Thatcher en passant par l’OMC, le travail du mal a été efficace.
2. Travailler plus pour mourir plus vite, 20 juillet, 2009 de Jean-Marie Harribey
En ces temps de crise économique où le chômage fait rage, le statut des fonctionnaires est de plus en plus envié et critiqué. On voit en quelque sorte émerger un "racisme" particulier, anti-fonctionnaire, dans lequel ceux-ci sont considérés comme des priviliégiés fainéants et improductifs.
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